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- au groupe / artiste Pierre-michel Sivadier
par valentin › mercredi 7 janvier 2009
Alors qu'il publie un album d'une rare beauté, Pierre-Michel Sivadier s'exprime sur la façon dont il travaille mais aussi sur sa perception du métier d'artiste en France avec intelligence et franc parler.
Bonjour Pierre-Michel, Vous parlez dans les remerciements de votre album de "periode artistiquement tourmentée", pensez vous réellement que nous vivons dans une periode tourmentée artistiquement ? Pouvez vous nous en dire davantage ? Quel regard portez vos sur l'industrie musicale? Faire de la création musicale en France relève plutôt du combat et de la résistance. Il n'y a pratiquement pas de financement public pour la musique comme cela peut exister pour le cinéma ou le théâtre. Tout est donc soumis aux lois du marché, de l'industrie. Ce qui compte c'est la présence médiatique ou la notoriété. Cela vaut maintenant pour tous les genres de musique, de la chanson à la musique contemporaine et cela vaut pour tous les artistes.
Pour l'instant, ce qui existe en matière de soutien c'est un saupoudrage des collectivités locales, que ce soit à Paris ou en province. Avec ces potentats locaux, le contenu musical importe peu. Ce qu'ils veulent, c'est acheter la paix sociale des quartiers et ils ont compris que la musique est un bon moyen. Il n'y a pas de choix artistique, pas de vision, tout se vaut.
Cependant, je crois qu'un jour, ils se rendront compte que la musique peut apporter, en plus du lien social, une richesse culturelle et financer la musique deviendra alors un enjeu important. On verra peut-être des musiciens diriger des "centres musicaux nationaux" ! Il faut rêver en ce sens!
C'est une période tourmentée mais en même temps assez riche où l'on voit quantité de choses intéressantes, sur My space par exemple. Reste à trouver une solution pour que les artistes puissent vivre de la musique. Pour l'instant, avec les nouvelles remises en cause du statut des intermittents, on est loin du compte. Mais les choses changeront un jour, c'est certain, et en bien.
Heureusement, il reste cette fenêtre de liberté, Internet, qui fait qu'un album comme celui que nous avons fait est accessible. Même si la presse n'en parle pas, les internautes ont, eux, une curiosité salutaire. Et ces chansons peuvent rencontrer un public, c'est ce que nous souhaitons avant tout.
Vous publiez un album hors du temps, piano violoncelle voix, êtes-vous conscient de livrer un opus totalement atypique et en marge de la production actuelle?
Oui et non. Très franchement, j'ai toujours composé et travaillé de cette façon et j'ai toujours eu la chance de trouver des gens pour partager cette démarche. Nous avons choisi la forme piano, violoncelle et voix parce qu'elle nous paraissait la plus proche et la plus immédiatement réalisable mais ces chansons pourraient être jouées avec un grand orchestre. D'ailleurs nous l'avions fait avec le groupe Cours toujours. En ce moment, je travaille avec un groupe de comédiens chanteurs. Nous arrangeons les chansons en fonction des interprètes. J'aime bien l'idée de géométrie variable pour un même répertoire.
Quant au côté atypique, c'est toujours par rapport à un centre qui lui-même se déplace et que l'on peut remettre en cause, contester. La marge, avec Internet précisément, peut prendre le pas sur le centre.
Pour moi, cet album, c'est aussi se mettre dans une opposition assez forte. C'est la volonté de dire: on peut faire de la chanson autrement. De dire, pour nous la chanson, c'est ça aussi. Je crois qu'il y a de la place pour tous les courants artistiques et pour celui-là également.
Au Studio des Variétés où j'enseigne, je côtoie souvent de jeunes chanteurs. Ils sont dans un créneau plutôt "pop", mais la situation est aussi difficile pour eux, condamnés au succès immédiat. Alors il vaut mieux aller à fond vers ce que l'on aime et ne pas transiger. Transiger n'a jamais rien apporté. La création, ça vous occupe tout le temps et, au bout du compte, il y a un minimum non négociable!
L'industrie du disque, dont vous parliez, est sourde et assez autarcique. Nous voulions, avec Stella Vander, contacter trois labels pour cet album. Mais c'est étrange de voir à quel point ils ne se sentent pas concernés. Heureusement, le label Ex-tension a sorti l'album. C'est un vrai geste audacieux. Eux sont vraiment au plus près de la musique.
Votre titre "Follement Doux" superbe, écrit avec Laurent Macé faisait partie de la bande originale du film "Peindre ou faire l'amour", comment cela s'est-il passé? Vos chansons sont de toutes façons très cinématographiques, est ce qu'il y a ou y aura d'autres collaborations de ce genre?
Oui j'espère car j'aime beaucoup le cinéma et j'aime travailler avec les réalisateurs. Pour "Peindre ou faire l'amour", Annette Dutertre qui a monté le film avait repéré la chanson "Follement doux" et Arnaud et Jean-Marie Larrieu ont souhaité l'intégrer au film. Composer pour l'image est vraiment intéressant. J'ai souvent accompagné au piano des films muets. Cela oblige à se poser des questions sur le rapport de la musique, de l'image et du temps. On peut aller contre ou dans le sens de l'image, on peut raconter autre chose, comme un sous-texte. Actuellement je travaille sur un film en préparation sur Serge Gainsbourg mais là, il s'agit de coacher des comédiens pour qu'ils jouent du piano.
Vous avez composé "A la grace de toi" sur le dernier album de Jane Birkin, comment en arrive-t- on à composer pour une si grande interprète ?
J'avais travaillé avec Jane Birkin en tant que pianiste, nous nous sommes bien entendus, c'était très agréable. Je lui ai envoyé des compositions. Jane a écrit un texte sur une musique et quelques années après, j'ai reçu la bonne surprise: c'était devenu une chanson.
Avez vous d'autres projets d'écritures de chansons pour d'autres artistes?
Oui, j'ai toujours des chansons en gestation et j'aime écrire pour les autres aussi. Je suis toujours partant pour de nouvelles rencontres. C'est très inspirant d'écrire pour un interprète. Récemment j'ai fait des chansons pour Simone Tassimot qui n'ont pas encore été enregistrées. J'essaie toujours d'entrer en contact avec des artistes quand j'apprends qu'ils cherchent des chansons. La musique est faite pour circuler et les chansons appartiennent à ceux qui les chantent ou à ceux qui les écoutent.
Vous chantez en duo sur votre album avec la Grande Stella Vander, vous reprenez un titre présent sur son dernier album et elle est inscrite en tant que productrice de votre album...Avez vous la sensation de faire partie d'une famille musicale ou d'une tribu avec Stella Vander, Valentine Duteil et ceux avec qui vous collaborez ?
Nous nous connaissons depuis longtemps avec Stella et nous avons fait beaucoup de choses ensemble, avec Christian Vander bien sûr, mais aussi pour ses albums. J'aime sa façon unique de chanter. Avec Valentine également il y a une sorte de complicité, tout cela peut faire une famille, oui.
Il y a aussi de nombreux musiciens avec qui j'ai joué régulièrement. Ils enrichissent la famille ! La musique est aussi un partage et plus les artistes sont fragilisés, plus les liens se resserrent, plus les familles s'élargissent et se solidifient.
Mais je tiens à le dire ici, quand je vois la situation de certains de mes amis musiciens comparée à leur talent, cela me révolte. On se dirige vers une situation comparable à celle des Etats-Unis où les musiciens ont un autre métier pour vivre. C'est d'ailleurs l'idée sous-tendue lorsqu'on nous parle continuellement de "passion", comme si les musiciens étaient de gentils animateurs. La musique n'est pas une passion, c'est notre vie et notre travail.
La période est riche mais rude. Souvent, les créateurs travaillent dans une précarité inouïe, mais ça respire encore ! Pour la musique, il y a urgence. Urgence d'une prise de conscience du public. Urgence d'un soutien public. Et d'une prise de parole aussi, ce que vous faites avec ce webzine, ce que je fais maintenant.
Je pense que les gens, spectateurs, auditeurs sentent cela. Ils ont une perspicacité, une acuité qui fait qu'on ne peut plus leur dire ce qu'il faut écouter ou ce qu'il faut en penser. Ils choisissent eux-mêmes et c'est tant mieux.
Avec cet album Rue Francoeur, nous avons reçu par Internet quantité de messages chaleureux, pertinents voire impertinents. Et cela nous va droit au coeur !
Dernière mise à jour du document : jeudi 8 janvier 2009
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