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par Zo. et ptit_boy › dimanche 18 mars 2007
L'actualité de la musique en ligne regorge de chiffres, d'informations mais aussi de désinformation. Si le lobby des producteurs et des majors occupe bel et bien le devant de la scène des mass média, le rapport de force est nettement plus contrasté sur la toile. Petite revue de web de ces six derniers mois, non exhaustive et sur des points arbitrairement arrêtés, à propos ce phénomène qui partitionne l'approche de la culture et fait surtout couler beaucoup d'encre... numérique !
Bien que les chiffres ne soient pas à prendre comme des vérités absolues, il n'en reste pas moins que quelques statistiques peuvent contextualiser le marché (légal et illégal) de la musique dématérialisée. Premier constat : le téléchargement légal semble entamer une forte période de croissance ces derniers mois. C'est en tout cas ce que laissent apparaître les chiffres de vente divulgués par le site Fnac.com. La fréquentation du site a doublé et si l'espace virtuel de la Fnac ne se limite pas qu'aux téléchargements légaux, il n'en reste pas moins que le volume de fichiers téléchargés a progressé de 80% par rapport à 2005, pour s'élever à un montant total de 10 millions d'euros. Comme le précise Pcimpact, ce chiffre d'affaires reste faible mais démontre néanmoins un véritable décollage du secteur. D'autant que 55% des internautes français pratiqueraient le téléchargement (légal ou illégal), contre 59% en Angleterre et 47% aux Etats-Unis. Pour autant, seulement 15% des fichiers téléchargés par les français le seraient par voie légale. A titre de comparaison, 20% des fichiers chargés de l'autre coté de la Manche et 25% de ceux circulant aux Etats-Unis le seraient en toute légalité. L'idate [1], qui présente ces statistiques, estime à 99 millions d'Euros le chiffre d'affaires du marché de la musique dématérialisée dans l'hexagone en 2006, et évalue celui-ci à 270 millions pour 2010. 70% de ces millions d'euros proviennent de ventes issues des catalogues des majors.
Dans ce contexte, nombreux sont les acteurs qui parlent de trouver et d'installer de nouveaux modèles économiques. Les chiffres cités ci dessus semblent confirmer la tendance : les fichiers musicaux ne doivent plus compléter le cd mais doucement s'y substituer. Il n'en reste pas moins que les questions les plus polémiques restent en suspens. Peut-on envisager des offres gratuites pour le consommateur? Le DRM[2] a t il encore un avenir? L'artiste est il assez justement rémunéré? La répartition des droits est elle équitable?
Un début de réponse sur ce dernier point est apporté par Zdnet qui revient sur le métier d'agrégateur[3]. Les deux principaux distributeurs de musique dématérialisée, Wild Palms Music et Believe.fr, se targuent de permettre une meilleure rémunération des artistes que ce que propose les majors. ZDnet prend l'exemple de Dick Rivers qui touche 70% des droits lors de ses ventes sous format dématérialisé contre 15% dans le cadre des productions physiques, en l'occurrence réalisées sous l'échine des majors. Cette affirmation peut cependant être modérée par les systèmes de productions et de distributions spécifiques à la musique dématérialisée. Les différentes contraintes liées aux infrastructures et à la logistique (ne seraient ce que celles de transports) mais aussi le nombre restreint d'intermédiaires peut expliquer en partie la meilleure rémunération au % dans l'industrie de la musique dématérialisée. Les coûts sont simplement moins conséquents d’un côté que de l’autre. Le fait est que les majors ne signent pas de petits artistes et que ces derniers, quant ils sont autoproduits, gèrent leurs affaires sans intermédiaires, tels que des représentants, des commerciaux ou encore des managers. Qui plus est, les structures indépendantes ont elles aussi appris à diversifier leurs savoir-faire mais également à cultiver la polyvalence. Moins fournies en personnel, ces dernières mêlent souvent précarité et passion. La scène électronique française, très active, regorge d'exemples en la matière. Rfimusique illustre cet état de fait, avec plus ou moins de candeur dans un article dédié aux principaux labels électroniques underground français.
La musique gratuite et le DRM laissent eux la problématique du piratage en filigrane au détriment de la remise en cause économique. Interviewé par Clubic.com, le président de la Sacem, Mr Miyet, dénonce le piratage comme un fléau qui pénaliserait le développement du secteur (alors qu'on note par contre une prise de position plus modérée que dans le passé quant aux DRM). Mais après un fort rejet de la licence globale[4] par l'industrie du disque, son modèle peut-il être perçu comme l'inspiration de nouvelles offres? Spiral-Frog a ainsi signé un accord avec Universal Music afin de mettre gratuitement en ligne le catalogue de la maison de disque. Le tout serait financé par la publicité. Par ailleurs, de plus en plus d'offres légales proposent des abonnements donnant droit à du téléchargement illimité pour une durée déterminée. Laurent Michaud, analyste de l'Idate, pense que ces formules pourraient d'ailleurs représenter plus d'un tiers du chiffre d'affaire du secteur dans 3 ans. Il faut dire que les plateformes de téléchargement ont un avantage considérable que n'apportait pas le principe de licence globale. De part leur construction informatique, il leur est possible de savoir quels artistes ont été téléchargés, et ce de manière extrêmement précise [5]. La redistribution juste et équitable des droits s'en trouve donc facilitée. La licence globale, elle, ne parvenait pas à répondre à ce problème majeur. Mais pour l'instant ces formules n'ont rien de globales, car elles ne profitent qu'à des catalogues choisis.
Une chose est sûre, même si Laurent Michaud prend soin de dire que l'internaute français n'est pas plus (ni moins) irresponsable que n'importe quel autre, le piratage reste en tout cas le fer de lance d'une croisade que l'industrie a entamée il y a maintenant 8 ans. Et si certains artistes reconnaissent qu'il n'est pas seulement mauvais de voir leurs fichiers circuler sur Emule ou Azureus, il n'en reste pas moins que la voix de l'industrie se veut publiquement unanime et ferme. Une sorte d'omerta planerait-elle sur ce sujet qui finalement serait un tabou? C'est en tout cas ce que laissent croire les discours plus nuancés de certains, qui n'ont pas l'occasion d'être relayés devant les micros. Par exemple, rares sont ceux qui placent les reports de budget au premier rang des causes de la baisse des ventes de disques. Sans parler d'une éventuelle analyse plus poussée des comportements des soi-disant pirates. Pensée unique? Peut-être... Auto-censure, telle qu'on la connait bien chez les journalistes? Sûrement. Il n'en reste pas moins qu'il n'est pas question de légitimer le piratage, mais plutôt de réfléchir sereinement et honnêtement aux tenants de ce phénomène, pas seulement à ses aboutissants ! Le fait de mettre tout le monde dans le même panier ne semble pas avoir apporté à l'industrie du disque et aux artistes la sympathie dont ils auraient pu tirer profit.
La position sur le sujet reste donc ferme, comme le démontre la fermeture récente du site Blogmusik. A l'inverse, le mythe de l'interopérabilité, point vital pour la survie des DRM, semble être de plus en plus mis à mal. A titre d'exemple, le président de la Fnac, Denis Olivennes, affirme haut et fort dans une interview accordée à Libération.fr que les protections font fuir l'utilisateur : "les verrous numériques des DRM sont aujourd’hui une incitation au piratage, rendant paradoxalement la musique plus difficile à acheter qu’à télécharger sur les réseaux P2P ! Il faut que l’achat soit au moins aussi pratique que le piratage !". Fnac.com vend d'ailleurs des fichiers non protégés depuis cet automne. Denis Olivennes a donc pu vérifier le bien fondé de son discours puisque "le groupe Aaron en novembre a multiplié par deux ses ventes dans la première semaine de commercialisation par rapport à la précédente où ils étaient uniquement disponibles sous le format WMA, le DRM de Microsoft". Virginmega a aussi pris ce parti et les résultats semblent refléter les attentes du consommateur. Le président de l'enseigne Fnac n'est pourtant pas sans ignorer que seuls les indépendants appliquent pour le moment la vente de fichiers sans DRM. Ce qui lui vaut cette petite phrase assassine envers les majors qui "campent sur des positions myopes et courtermistes, en sous-estimant d'abord les nouveaux modes de consommation de la musique via le téléchargement et en refusant de comprendre que leurs positions inflexibles les ont amenées dans le mur".
Enfin, un article assez atypique issu d'un sous-site de Libération.fr dresse des débuts d'explications et d'analyses quant à la mutation du marché du disque. Un étudiant danois a en effet décrypté le phénomène et avance des hypothèses parfois surréalistes, parfois très justes. Repris sur Ecrans, l'analyse de ce thésard reprend 3 principes majeurs. Tout d'abord, le marché du disque se portait exceptionnellement (trop bien?) bien dans les 10 dernières années du XXème siècle. Ensuite, un report des dépenses vers le DVD aiderait les majors à compenser une partie de leurs pertes. Enfin, à travers une étude de la répartition des revenus envers artistes "riches" et "pauvres", l'auteur pointe du doigt une réorganisation des ressources puisque selon lui, il y a moins d'argent à distribuer à davantage de personnes. Un principe alambiqué basé sur des statistiques à découvrir ici.
Pendant ce temps, alors que 95% du catalogue proposé par la Fnac est vendu à moins d'un exemplaire en magasin (comprenez que les 5% restant se vendent par milliers) il n'en reste pas moins que les technologies numériques semblent avoir d'abord bouleversé l'offre venant des musiciens. Avec des outils comme l'internet ou le home studio, l'artiste se retrouve de moins en moins dépendant des maisons de disques pour créer et distribuer sa musique (ceci étant surtout vrai pour les musiques dites nouvelles), à défaut de pouvoir en vivre. Il en ressort donc une certaine réhabilitation des "artisans du son", comme le démontre l'explosion du spectacle vivant ou encore l'intérêt envers les autoproduits, qui font plus qu'avant leur apparition dans les playlists de tout un chacun. Le consommateur n'a jamais eu autant de musique à sa disposition. Certains frôlent même l'overdose ou l'abrutissement, ce qui n'empêche pas à la diversité de gagner en visibilité. Il reste que le fossé semble s'agrandir chaque jour d'avantage entre le protectionnisme exercé par les majors et la soif des indépendants et autoproduits qui n'ont pas manqué de s'engouffrer dans la brèche que le réseau des réseaux leur a ouvert. Chacun tire avantages et incovénients de la situation. Mais les chantres du libéralisme de l'économie de la culture sont désormais dos à un mur fait de leurs contradictions. Les coups de boutoir ont beau être virtuels, les vibrations sont elles bien réelles.
zo. pour www.thefrenchtouch.org
[1] Idate : Institut de l'audiovisuel et des télécoms en Europe
[2] En anglais : Digital Rights Management. Ce terme désigne par extension les "verrous" numériques qui protègent des oeuvres de la copie. Plus d'informations ici
[3] Terme hérité de l'anglais pour définir les distributeurs
[4] Retrouvez plus d'informations sur la licence globale ici.
[5] Hervé Bonazzi, directeur exécutif de Wild Palms Music, développe ce point dans une interview accordée à thefrenchtouch.org
Dernière mise à jour du document : lundi 10 septembre 2007
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