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- au label Wild palms music
par Zo. › lundi 13 juillet 2009
Alors que Wild Palms Music, distributeur de musique en ligne, s'efface muet de la toile, certains de ses musiciens (qui sont aussi leurs clients) attendent toujours de toucher leurs droits d’auteur. Berti Vox est l'un d'entre eux. Rencontre avec un musicien autoproduit pour qui la vente en ligne de musique a finalement un drôle d’arrière-goût.
Berti Vox : Le distributeur Wild Palms Music propose aux artistes de distribuer leur musique sur des magasins en ligne et sous format de fichiers téléchargeables. L’artiste signe donc logiquement un contrat où il est stipulé que la société doit donner au musicien un relevé mensuel de ses ventes sur tous les magasins en ligne où sa musique est distribuée. Il y en a plus d’une centaine répartis à travers le monde. Il y a également un article qui dit que les artistes doivent être payés à hauteur de 70% hors taxe des revenus générés par leurs ventes. Ce sont ces deux points du contrat qui ne sont pas respectés par Wild Palms Music. Et pour terminer, ils ont aussi l’obligation contractuelle de signaler leurs changements d’adresse. Si cela a été fait lors de leur premier déménagement, ça n’a pas été le cas lors du second. Nous n’avons même pas de coordonnées téléphoniques fiables pour les joindre. Depuis un an, tous les contacts se font donc par mail, pour ceux qui en reçoivent. Sur ces mails, c’est d’ailleurs leur ancienne adresse postale qui apparaît. J’ai donc monté un collectif qui regroupe tous les artistes ayant des problèmes avec Wild Palms.
B : Bon, ayant monté ce collectif, j’ai surtout des contacts avec des artistes qui connaissent des difficultés. Mais c’est vrai qu’à travers des forums aux quels je participe, il y a des gens qui ont témoigné avoir reçu leurs relevés de vente, et qui ont été payés suite à leurs demandes de facturation. Mais j’ai vu seulement deux témoignages allant en ce sens récemment. Deux personnes contre une dizaine qui prennent contact avec moi chaque semaine pour se manifester en tant que victimes d’un défaut de paiement de la part de Wild Palms Music.
B : Non, je n’ai pas l’impression qu’il y ait de lien avec ça. Si je ne dis pas de bêtises, la première des deux personnes que j’évoque n’était en attente que d’une vingtaine d’euros. La seconde c’était par contre plus important, entre 200 et 300 euros. Par contre, je ne sais pas pourquoi ces personnes là ont réussi à se faire payer et pas d’autres. Je pense que le but de Wild Palms, du moins ce que j’ai déduit, c’est qu’ils essaient de payer quelques personnes de façon à montrer qu’ils respectent leurs engagements, mais qu’en fait, ils ne peuvent probablement pas le faire pour tout le monde. Sûrement car ils n’ont pas l’argent pour… J’ai lu une interview de Hervé Bonazzi (directeur de Wild Palms Music, NDLR) dans laquelle il disait qu’il y avait plusieurs milliers d’artistes signés chez Wild Palms. Si tu multiplies 50€ par 2000 personnes, forcément, les sommes deviennent tout de suite très importantes. Je pense donc qu’ils essaient de montrer une bonne volonté - entre guillemets - en payant quelques personnes, mais qu’ils ne peuvent faire face à leurs obligations. Du moins c’est ce que je crois.
B : Oui.
B : A force de participer à des forums où je voyais des gens qui connaissaient ces problèmes, dont je suis aussi victime, j’ai voulu comprendre ce qu’il se passait. Je n’avais aucune information. J’ai d’abord fait une lettre recommandée à Wild Palms. La lettre n’a pas abouti. J’ai ensuite eu plusieurs échanges de mails avec Marie Franchin Sebek, qui est gérante de Wild Palms Music. Ca ne s’est pas très bien passé, je l’ai trouvée de mauvaise foi. Et j’ai donc monté ce collectif afin de mobiliser toutes les énergies possibles pour que cette société réponde tout simplement à ses obligations contractuelles.
B : Oui, mais pas forcément les réponses aux questions posées dans les mails que j’envoyais. Déjà je n’ai pas toujours eu de réponses. J’ai du relancer Marie Franchin Sebek pour avoir des réponses à mes questions. Et lorsqu’elle a répondu, c’était des réponses assez laconiques et à côté de mes questions : "Quelle est la situation de Wild Palms Music à l'heure actuelle ? Pourquoi ne reçois-je plus les relevés de vente ? Pourquoi ne suis-je pas payé ? Qui est vraiment responsable chez Wild Palms Music de ce manquement ?" Je pouvais insister, je n’ai jamais eu de réponses claires. Il en ressort une impression : celle que tout est fait pour embrouiller les gens. Il n'y a aucune communication : ni sur leurs changements d’adresse, ni sur les rumeurs de fermeture que relaient certains musiciens. Officiellement, la société est pourtant toujours en activité d’après le relevé KBIS [1]. Je suppose donc qu’elle encaisse des ventes de MP3.
B : Pour ma part, je n’ai plus reçu de relevés depuis un an. Et j’ai fait l’erreur de ne pas trop m’en occuper tout de suite, comme beaucoup d’artistes d’ailleurs. Au début, tu n’as pas envie de te casser la tête pour quelques dizaines d’euros. Et au bout d’un moment tu te réveilles, tu vois que ça dure, et tu en fais une question de principe. Et imaginons que je fasse un jour quelque chose qui marche. Je devrais tolérer que mon album se balade sur internet sans que je puisse contrôler les ventes ? Il n'y a aucune raison.
B : Non, je n’ai jamais rien touché.
B : En décembre 2005. Peut-être que ma faute, ça a été de ne pas réclamer. En même temps, auprès d’un bon distributeur, il n'y a normalement rien à réclamer. Il doit t'envoyer les relevés de vente et les paiements de manière automatique. Dans le cas de Wild Palms Music, je regrette que le musicien n'ai jamais pu voir lui-même l'évolution de ses ventes numériques sur un espace personnalisé. Au départ, j’ai reçu les relevés régulièrement, mais jamais un seul règlement.
B : Pour ma part c’est déjà fait. Suite aux mails échangés avec Marie Franchin, j’ai envoyé une lettre de mise en demeure, ainsi qu'une copie de celle-ci par courriel. Lettre qui m’est revenue, car la nouvelle adresse de Wild Palms Music que je possède est une boite de domiciliation. Il n'y a personne pour signer les recommandés, d’autant plus que d’après certains témoignages, Wild Palms Music aurait des difficultés de paiement avec la société qui gère leur domiciliation postale… Suite à cette lettre, j’ai fait une demande en injonction de payer auprès du juge de proximité. Pour les musiciens que ça intéresse, c’est une procédure gratuite. Il faut également savoir que sans réponse de la part de Wild Palms Music suite à une mise en demeure, l’artiste peut librement se désengager du contrat sans pour autant renoncer à ce qui lui est dû. Ce que j’ai fait.
B : Je conseille aux artistes de la faire en leur nom oui, de manière individuelle. Maintenant, au sein du collectif, on met des choses en place dans le but de faire une action collective, mais rien n’est encore concret, c’est en cours d’élaboration. L’action collective est compliquée en France, mais je crois que les parties civiles peuvent se rassembler derrière un avocat unique, qui les représente et porte l’affaire devant un Tribunal de Grande Instance. Cette procédure est normalement plus porteuse. J’encourage donc les musiciens à contacter le collectif si ils veulent participer à cette éventuelle action.
B : Actuellement, nous sommes 120 inscrits sur le groupe Facebook, mais quelques uns sont là juste par soutien, sans être directement concernés par l’affaire. Je sais par expérience que les artistes n’ont pas envie de se casser la tête quand on leur doit quelques dizaines d’euros. Mais laisser tomber fait les affaires de Wild Palms, qui le sait très bien d’ailleurs ! Tout de même, je reçois à l'heure actuelle plusieurs mails par jour de musiciens qui se plaignent et qui me demandent comment faire pour se défendre. Au conditionnel, je pense que nous sommes plusieurs centaines, voir peut-être plusieurs milliers à être victimes de ce litige. Mais je ne peux le vérifier actuellement. C’est d’ailleurs un des buts du collectif : recenser au mieux le nombre de personnes touchées ! Nous souhaitons aussi porter ce problème à la connaissance des pouvoirs publics. J’ai écrit au Ministère de la Culture pour leur faire part de la situation, car à l’heure d’HADOPI et de la promotion du téléchargement payant, il est tout de même hallucinant qu’on se moque de nous de cette façon. Et qu’en plus de ça, ça n’intéresse strictement personne ! J’ai contacté la SACEM, l’ADAMI, la SCPP, et tout le monde s’en fout !
B : Bah, de la part de la SACEM, j’attends qu’ils nous aident au niveau juridique. En tant que membre, j’ai normalement le droit à une aide juridique, mais j’ai l’impression qu’ils sont assez mous. De toute manière, la SACEM, ils sont vifs quand il s’agit d’aider les "gros" artistes. Et quand il s’agit des petits, d’un coup, ils perdent leur entrain. J’aurais aussi aimé qu’ils relaient un minimum le communiqué de presse du collectif. Ils sont tout de même protecteurs de leurs membres et ils ont les contacts des musiciens ! Dans leur newsletter, quelques lignes au sujet de ce litige, ça n’aurait pas fait de mal. Concernant le ministère, j’ai envoyé mon courrier il y a une quinzaine de jours, donc c’est un peu tôt pour en parler. Concernant enfin les magasins virtuels qui vendent des MP3 distribués par Wild Palms Music, ils ne veulent pas se mouiller. Mais par exemple, l’un de leurs directeurs - qui veut rester anonyme - m’a bien confirmé que sa boutique envoyait chaque mois l’état de ses ventes à Wild Palms Music. Le collectif vise également à peser plus lourd face à nos interlocuteurs, afin qu’ils s’emparent du problème.
B : Une journaliste de Libération s’est intéressée au problème, mais à priori, les échanges avec Marie Franchin n’ont pas été très porteurs. Mon communiqué de presse a été relayé dans la newsletter de l’hebdomadaire Musique Info, ainsi que par l’IRMA (centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles, NDLR). Notre communiqué de presse a été envoyé à 400 journalistes. En prenant en compte cette interview, ça ne fait que 4 retours sur 400. Pourtant le sujet est dans l’actualité à l’heure d’HADOPI et du téléchargement payant ! Est-ce que notre mésaventure, qui interroge quelque part sur la fiabilité économique du téléchargement payant, n’est-elle pas mal venue ? Je n’en sais rien, ce serait tout un débat.
B : Oui. Mais je n’ai pas signé avec d’autres distributeurs. Et désormais, concernant la vente en ligne dématérialisée, je suis assez refroidi. Par contre, il y a un distributeur qui a pris l’initiative de distribuer mon album sans mon autorisation. J’étais donc en double sur les plateformes de téléchargement, sous deux noms de distributeurs différents. Je m’en suis plains auprès d’eux. Ils ont été disponibles immédiatement et ont retiré mon album de leur magasin en ligne. Par contre, j’ai cru comprendre à demi mots que Wild Palms me reprochait cette double distribution mais là non plus ils n'ont jamais été très clairs. D'ailleurs, ils ne pouvaient pas vraiment me le reprocher puisque mon contrat est non exclusif. Sinon j’ai pris contact avec Believe (autre distributeur de musique dite dématérialisée, NDLR) pour avoir des informations sur comment enlever sa musique des magasins en ligne. Ils m’ont répondu de manière cordiale en me disant qu’il n’y avait pas d’autres choix que de contacter les magasins un par un pour leur demander d’enlever les MP3 en question de leur catalogue.
B : D’un point de vue économique non. Quand on fait de l’autoproduction, les ventes numériques ne rapportent que très peu de choses. Mais en 2005, comme beaucoup d’autres j’ai été clairement séduit de pouvoir être vendu sur des magasins virtuels comme Virgin, FNAC, I-Tunes. On avait l’impression d’avoir une crédibilité. Finalement c’est bidon, ça n’a pas vraiment d’intérêt, surtout quand tu as de tels problèmes pour si peu de retours. Le préjudice n’est pas énorme, mais j’estime que dans ce métier, qui est tout de même très difficile, des gens comme ça ne devraient pas exister. Quand Wild Palms Music m’a pris de haut, ça m’a énervé et m’a plus que jamais donné envie de mettre en lumière le problème de la distribution numérique. Suite aux mails que j'ai reçus de la part des musiciens qui ont les mêmes problèmes, ceux-ci m'ont fait part souvent de cette espèce de condescendance de Wild Palms Music vis à vis de ses artistes, preuve d'un certain manque de considération. J'ai reçu aussi des messages de musiciens qui mettent en cause d’autres distributeurs en tant que mauvais payeurs. Je ne peux citer aucuns noms en l’état actuel des choses, sans preuves à l'appui, mais j’ai vraiment l’impression qu’il y a un réel problème de contrôle avec la distribution numérique. Je pense qu'on va sûrement ouvrir la voie pour la défense des droits des artistes signés chez d'autres distributeurs peu respectueux. Par nature, un comptage avec un stock de CD est plus transparent. Là c’est très opaque.
B : Effectivement, le pire et ce qui arrivera probablement le temps que ma procédure soit traitée, c’est que Wild Palms Music ferme. C’est d’ailleurs le plus gros du problème : nous n’avons pas de contrôle sur ce qu’il se passe. Et même si le préjudice financier n’est pas conséquent pour un artiste autoproduit comme moi, ce n’est pas tolérable moralement. D’autant plus quand de nombreux artistes autoproduits sont signés chez eux. C’est d’ailleurs ce qui doit être intéressant pour eux, avoir le plus d’artistes possibles.
B : Je le rejoins là-dessus, je suis même persuadé de ça. Et c’est d’ailleurs pour ça que Wild Palms Music n’avait aucune ligne artistique et prenait quasiment tout ce qui se présentait à leur porte.
B : Plusieurs labels rejoignent le collectif. Par exemple, une personne qui fait aussi parti du collectif a monté son propre label. Et ils ont le même problème que les artistes autoproduits. Je ne crois pas qu’être un label soit un avantage, sauf si c’est un label indépendant assez conséquent pour embaucher un avocat. Par ailleurs, j’ai entendu parler d’artistes signés dans un petit label qui sont en attente de plusieurs milliers d’euros de revenus et qui avaient pourtant des difficultés à se faire payer.
B : J’ai eu rendez-vous avec Franck Franchin (co-fondateur de Wild Palms Music, NDLR) quand Wild Palms Music envisageait de se lancer dans la distribution physique, ce qui heureusement n’est jamais arrivé. Sinon, la plupart des artistes n’ont aucun rapport avec Wild Palms, que ce soit téléphonique ou physique. Mais je pense que ce n’était pas le but de Wild Palms Music de développer le côté artistique. Comme le disait Hervé Bonazzi, c’est d’abord un métier de volume.
B : Si. Je pense effectivement que ce qui a séduit énormément de musiciens, c’était de pouvoir figurer sur des magasins numériques et avoir une soit disante existence. Mais avec le recul, je pense que ça n’apporte pas grand-chose. 95% des musiciens crèvent la dalle. C’était comme ça avant internet et ça le sera toujours après internet, après HADOPI et après toutes les lois que l’on pourra faire. Je ne pense pas qu’internet va permettre à des musiciens de vivre. Il y aura toujours peu d’élus. Les plus malins arriveront peut-être à faire buzzer leur musique avec des clips ou des bonnes idées sur le web, et c’est tant mieux. C’est un média supplémentaire avec une liberté d’expression, qui permet d’esquiver des diktats économiques. Mais il y a tellement de choses qu’on se retrouve noyé dans la masse. Au bout du compte, ce sera toujours pareil : 95% des artistes crèveront la dalle. Et c’est comme ça depuis des centaines d’années. Il y a plusieurs siècles, ceux qui vivaient de leur art avaient un mécène. Et le rêve qui dit qu'internet permet aux musiciens d'exister est vrai mais c'est un rêve où tu te réveilles avec l'impression d'avoir mal dormi.
B : Un album ne sert pas à gagner de l’argent, c’est un support de communication. Sans budget de promotion, c’est très rare de pouvoir gagner de l’argent grâce à ses propres albums. Les groupes qui ont réussi à le faire sont d’ailleurs tout de suite signés en maison de disque. Un album sert à faire parler de soi. Et en vendant des CDs, ton véritable espoir, c’est de rembourser les frais engagés pour enregistrer ou pour autre chose lié à ta musique. Pour moi, le vrai métier d’un musicien, c’est la scène. Ca fait 20 ans que je fais de la musique, que j’écris des chansons, j’ai joué dans des groupes, et ce qui m’a toujours payé, c’est la scène. Quand je participais à d’autres groupes en tant qu’interprète, les disques que nous vendions en fin de concert étaient un roulement de trésorerie qui nous permettait de rembourser les frais ou de faire des t-shirts tout en ayant une actualité et obtenir d’autres concerts. Mais imaginer gagner de l’argent avec son album, généralement c’est une utopie.
B : J’ai arrêté de vendre des MP3. Mon premier album - signé avec Wild Palms - est en train d’être retiré des magasins numériques à ma demande. Mon second album est lui en téléchargement libre sur mon site. Et je donne la possibilité à ceux qui veulent me soutenir de me faire un don financier. Mais à l’heure actuelle, un CD a plus d’intérêt à condition de faire des concerts. Les concerts sont la meilleure promotion pour un artiste. Sur scène, les gens obtiennent un ressenti direct, ils n’ont pas à fouiller sur internet. Et en fin de concert, ça arrive très souvent que les gens viennent te voir pour t’acheter un disque. C’est tout bénéf’. D’autant plus quand tu es un autoproduit. Après t’avoir vu sur scène, les gens ont plus envie de te soutenir que lorsqu’ils tombent sur ton disque dans les bacs. D’ailleurs, pour l’instant je tourne peu, et je n’ai donc pas cherché un distributeur physique pour vendre mon album en magasin, car je n’ai pas trop l’occasion de le promouvoir pour le moment. Les quelques magasins où je pourrais être, je me retrouverais noyé dans les bacs. Et encore, si on ne me retourne pas mon disque, car les enseignes réduisent leurs espaces de vente.
B : C’est pareil, c’est dérisoire. Et de toute manière, même sur des sites de vente en ligne de MP3, ceux qui vendent le plus, ce sont aussi ceux qui vendent le plus en magasin. A l’heure actuelle, je ne vois plus trop l’intérêt pour un artiste comme moi de figurer sur un magasin de vente en ligne dématérialisée.
B : J’ai déjà un peu téléchargé mais ça m’a passé. Ca prend du temps ! (rires) Et puis je passe déjà beaucoup de temps sur le net pour ma musique. Le dernier album que j’ai téléchargé, et c’était légalement, c’était celui de Tracy Chapman sur Amazon MP3. il y a quelques années, j’avais téléchargé des albums sur I-Tunes. J’avais été super déçu. Il y avait des DRM sur les morceaux, je ne pouvais pas les lire partout alors que je les avais payés, ce qui est un scandale. Et puis la qualité n’était pas top. J’avais donc arrêté de télécharger. Et récemment, j’ai donc téléchargé le dernier Tracy Chapman, entre autres pour voir comment tout cela avait évolué. Déjà, je l’ai payé 2€99. D’un coup on s’aperçoit que c’est possible de payer un album 2€99 alors qu’on nous disait à l’époque qu’on ne pouvait pas descendre un album en dessous de 9€99. Ca prouve bien qu’on prenait les gens pour des cons. On s'aperçoit qu'il existe des solutions peu chers pour le consommateur et qui apparemment permet de rétribuer les auteurs. Et en plus là, la qualité est bien meilleure car les fichiers MP3 sont bien mieux encodés. Et je précise que je ne détiens pas d'actions chez Amazon !
B : Je ne suis pas vraiment d’accord avec ça. C’est une loi qui coûte cher, qui va être difficile à mettre en place et qui est contournable. Fais un parallèle avec les virus qui circulent sur internet : dès qu’une solution contre un virus est trouvée, un nouveau virus arrive déjà à contourner cette nouvelle sécurité. Ils auront beau trouver des technologies pour attraper les gens qui téléchargent, ils courront toujours derrière eux. Je regrette finalement que l’idée de licence globale soit passée à la trappe. Il ne faut pas oublier que les fournisseurs d’accès à internet ont fait leur business sur les possibilités du téléchargement. Avec la licence globale, ils auraient été devant la réalité des artistes. Cet argent aurait pu être réparti équitablement pour tout le monde, avec une part pour l'aide au développement de nouveaux talents par exemple. Mais le débat a été tronqué, et puis de toutes façons, on ne nous a jamais demandé notre avis à nous, artistes indés. Quant au téléchargement gratuit, je pense que c’est bénéfique pour 95% des musiciens. Ca te permet de te faire connaître et ça va remplacer le budget de promotion qu’un label peut mettre sur un album. Après, effectivement, avec le téléchargement gratuit, Johnny Halliday vendra peut-être un peu moins de disques. C’est dommage pour lui, c’est sûr, mais ça reste une loi peu efficace, au service des majors, qui étaient trop occupées à compter leurs dollars pour estimer la révolution technologique qu'internet allait être. En tant qu’artiste indépendant, je ne me sens finalement pas concerné par HADOPI.
B : J’invite tous les musiciens qui ont signé un contrat avec Wild Palms Music à prendre contact avec le collectif et à faire les démarches pour toucher leur dû. Je pense que c’est une question de respect. Ce n’est pas parce qu’on est autoproduit et qu’on vend très peu d’albums qu’on ne doit pas faire l’objet de considération de la part des gens du métier. Il faut montrer qu’on existe et qu’on ne se laisse pas faire.
Propos recueillis à Paris le 07 Juillet 2009.
[1] Document officiel attestant de l'existence juridique d'une entreprise commerciale, délivré par le registre du commerce et des sociétés (c’est à dire au greffe du tribunal de commerce), et qui est la "carte d'identité" de l'entreprise. L'extrait K-bis énonce les caractéristiques de l'entreprise : Greffe d'immatriculation, numéro d'identification (numéro SIREN), raison sociale, sigle, enseigne, forme juridique (SARL, SA, GIE, SCI...), devise et montant du capital social, adresse du siège, durée de la société, date de constitution, code NAF, activité détaillée (texte), adresse du principal établissement. Il énonce également les caractéristiques relatifs à l’administration de l’entreprise : fonction, nom, prénom, date de naissance, commune de naissance, nationalité et adresse du dirigeant principal, des administrateurs et des commissaires aux comptes.
Dernière mise à jour du document : lundi 13 juillet 2009
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