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- aux documents MAIDO PROJECT - 5 questions à Pierre Baillot, La musique en ligne : Interview de Pierre Baillot (Maïdo Project)
par Zo. › mercredi 14 mars 2007
Pierre Baillot est le fondateur et homme à tout faire de Maïdo Project. L'album Safran, distribué uniquement sur les plateformes de téléchargement, s'est affirmé comme une bonne petite galette de musique électronique aux accents lounge, mais est aussi une véritable invitation au voyage. Thefrenchtouch a voulu en savoir plus sur les coulisses de ce projet terriblement moderne aux accents orientaux et épicés.
The French Touch : Pouvez vous présenter Maïdo Project à nos lecteurs ?
Pierre Baillot : C'est un projet très personnel. Les musiciens qui font maintenant partie du projet sont venus après. Je suis issu de la scène jazz, et l'idée était de faire une musique beaucoup plus ouverte et internationale. Je qualifie Maïdo Project comme de la musique electro world / lounge mais de qualité et réellement jouée avec des instruments. Je me suis rendu compte que la musique lounge est beaucoup écoutée, particulièrement dans des lieux publics, mais qu'elle était quasiment toujours réalisée avec des machines, ce qui la rend souvent mécanique et impersonnelle. J'ai donc voulu personnaliser un peu plus cette musique, explorer les possibilités de la programmation et y donner un reflet plus humain, en posant sur sa base éléctro de véritables instruments avec leurs grains spécifiques et plus particulièrement des instruments traditionnels comme le Oud [1], les flûtes indiennes, le balafon [2] etc…
Au fil des enregistrements, les morceaux prenaient deux directions. D'un côté ils s'orientaient vers l'électro jazz, de l'autre il en ressortait une musique plus lounge. On a décidé avec Believe [3] de scinder le projet en deux albums distincts en utilisant 2 noms de couleurs : Electric blue qui a une couleur electrojazz, et Safran qui a une couleur plus lounge et orientale. Si je devais les sortir physiquement, je pense que je suivrais cette direction. Ce que je vais d'ailleurs essayer de faire à la Fnac en autoproduit, quitte à avoir des titres communs sur les deux albums!
J'ai composé les titres sur un ordinateur et j y ai ajouté des instruments car je suis multi-instrumentiste. Pour les concerts j'ai contacté des musiciens de la scène jazz / latin jazz de Paris et nous travaillons actuellement ensemble pour ré enregistrer certains titres avec les instruments. On en revient à cette interaction entre les musiciens qui est implantée dans le jazz, et qui est très intéressante.
TFT : Quel est votre parcours personnel dans le jazz ?
P.B : J'ai commencé avec une formation classique de conservatoire quand j'étais gamin, puis je l'ai vite abandonnée en me tournant vers les musiques improvisées. J'ai commencé par la guitare, la basse a suivi, puis le saxophone. Je joue du jazz depuis que j'ai une vingtaine d'années. J'ai commencé par des jam sessions où j'ai rencontré des musiciens. J'ai enchaîné avec des master class [4] notamment à Sienne et à Paris, où je me rendais à des ateliers. A la fin des années 90 j'ai crée un quintet de jazz, puis un trio, avec lequel on a enregistré une démo et tourné dans un club. C'est en 2003, 2004 que j'ai commencé à travailler sur Maïdo Project.
TFT : Votre musique se veut une invitation au voyage. Qu'est ce qui a guidé cette démarche ?
P.B : C'est avant tout l'expérience personnelle, puisque j'ai pas mal été amené à voyager. Mais c'est aussi le goût de la musique orientale, indienne etc... J'ai voulu mélanger, avoir différentes influences tout en gardant un format grand public, pour pouvoir transmettre tout ça à un public qui dépasse les initiés.
TFT : Pouvez vous nous citer certains artistes qui vous ont influencés ?
P.B : Oui bien sûr ! Pour le oud j'aime beaucoup ce que fait Anouar Brahem, un musicien tunisien qui est considéré comme l'un des plus grands de cet instrument. En musique indienne j'apprécie la musique de Shakti avec John Mac Laughlin par exemple. En électro j'ai beaucoup écouté Björk, LFO, ou encore Saint-Germain. Bien que je trouvais ça un peu formaté, la démarche me plaisait et la production est remarquable. Et il y a bien évidement du jazz et du classique, de Miles Davis à Ravel en passant par Debussy. Il y a énormément d'influences, c'est dur d'en choisir !
TFT : Vous associez des souvenirs personnels, des voyages, à votre musique ?
P.B : Les morceaux à connotation orientale sont associés à du vécu. Que ce soit dans des pays comme la Tunisie, la Turquie, le Maroc, l'Inde, l'Egypte, j'ai eu l'occasion de m'imprégner de certains éléments de leurs cultures. Ne serait ce que discuter avec un chauffeur de taxi qui passe de la musique pendant une demi heure de trajet, tu en tires quelque chose !
TFT : Comment s'est faite la rencontre et la collaboration avec la chanteuse Monica Shaka ?
P.B : Pour Monica, je cherchais une voix chaleureuse, avec de l'émotion. La technique vocale n'était pas primordiale, je cherchais une voix spontanée. On se connaît depuis longtemps, nous avons jammé ensemble et elle a accepté de participer au projet. Nous avons enregistré puis elle est partie à New-York. En fait, elle est la fille de Tony Scott, un des vieux de la vieille du jazz, clarinettiste et saxophoniste qui a joué avec les plus grands, Chet Baker par exemple. Désormais, on travaille avec Victoria Rummler, qui chantait déjà dans le quintet que j'ai évoqué plus tôt. Son grain de voix est plus soprano mais elle a beaucoup d'assurance, de justesse et de technique vocale. Ca permet de faire des choses très différentes, plus improvisées. Elle fait partie d'un groupe vocal qui s'appelle Les grandes gueules, un groupe a capella qui fait des choses très étonnantes.
TFT : Vous conjuguez acoustique et informatique, est ce que la machine à un poids prédominant sur les instruments, ou inversement ?
P.B : Au début, j'utilise la machine pour formater le morceau, le composer, mettre des idées, puis petit à petit je remplace certaines parties par de vrais instruments. C'est plutôt un support de composition, mais qui peut devenir un véritable instrument. Je travaille les boucles, j'aère les beats, crée des breaks, des décalages. J'essaie de faire tourner les machines comme des instruments, mais ce n'est pas toujours évident.
TFT : Vous cantonnez vous au pc ou avez vous aussi recours à des machines comme la mpc [5] ou une beatbox ?
P.B : Je n'utilise que le pc, sur lequel je fais tourner Cubase[6]. Mais ce qui compte le plus c'est la qualité des sons que l'on utilise avec les plugin.
TFT : Vous mixez et masterisez tout vous même ?
P.B : Je mixe moi même, pour le mastering c'est encore à l'étude. En fait, bon c'est un détail, mais je trouve que les albums sont enregistrés trop fort. Quand ils sont trop compressés ils finissent par perdre en dynamique et en chaleur. J'aimerais éviter ça, de garder le timbre et la chaleur des instruments.
TFT : Il y a t il trop de monde sur la scène éléctro ?
P.B : -Hésitant- C'est vrai que c'est un peu une mode, et qu'il peut y avoir une saturation, particulièrement du côté des dj. Je pense qu'on est un peu au sommet de la courbe, et j'espère que l'on va retrouver des concerts avec des musiciens et plus d'interaction que ce que l'on peut voir avec juste un dj. C'est vrai que ça arrange pas mal de lieux de ne payer qu'un dj au lieu d'un groupe complet mais bon... J'espère que les associations entre musiciens et djs vont continuer à monter en puissance, car c'est vraiment intéressant pour le coup ! Pour ce qui est de la musique électronique vraiment expérimentale, je ne trouve pas que ce soit si saturé que ça, j'ai même plutôt l'impression qu'il y a de la place.
TFT : Vous faites pas mal de scène non ?
P.B : On essaie, mais nous sommes 5 voire 6 puisque nous travaillons avec un vidéo-jockey [7] qui crée des images et une danseuse. Ce n'est donc pas facile d'être rémunéré, puis à Paris il y a tellement d'offres, tellement de musiciens qui cherchent à se produire en live ! Le public lui n'est pas extensible ! Jouer dans des conditions décentes devient de plus en plus difficile. A moins de louer une salle et d'avancer l'argent, mais bon... -soupir- chacun son métier !
TFT : Vous vivez de votre musique ?
P.B : Non, j'ai un boulot alimentaire à coté qui me permet de vivre. Je fais de plus en plus de musiques liées à l'image, aux courts métrages, aux documentaires. On a gagné un concours récemment, le "musique en courts" organisé par la ville de Sceaux. Sinon je travaille actuellement sur une série de petits films sur les métiers scientifiques. C'est des à cotés, assez plaisants, et qui parfois rapportent un peu d'argent !!
TFT : Eh bien merci pour cette interview, et bonne continuation !
P.B : Merci !
zo. pour www.thefrenchtouch.org
interview réalisée à Paris au mois de Mars 2007
[1] Le oud est un instrument de musique à cordes, très répandus dans les pays arabes. Plus d'informations ici
[2] Le balafon est un xylophone originaire d'Afrique Occidentale. Plus d'informations ici
[3] Believe est un distributeur de musique dématerialisée
[4] Sorte de cours magistral composé de démonstration musicale live et où se transmet le savoir faire de chacun
[5] La MPC est une machine qui permet de créer, séquencer et sampler des éléments musicaux
[6] logiciel de production sonore
[7] appelé aussi v-jay, c'est une personne chargée au sein d'un groupe de diffuser des images et des visuels en rapport avec la musique
Dernière mise à jour du document : jeudi 15 mars 2007
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