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Lex Appeal (production sur 1, piano sur 5, 6), Kodh (scratchs sur 1), Loop (mc), Iris (mc), Mr Teddybear (production sur 2), Weeda Fresh (basse sur 2, production sur 3, 4, 8, 10, 14), Soklak (mc), Sept (mc), Grems (mc), Nota Bene (guitare sur 4, 8, 9, 14, 15, flûte sur 11), Pan@point (production sur 5, 6 et 8), Presto Loop (production sur 7), Arm (mc), Shone (sratchs sur 8, 15), G. Ruelland (basse sur 9), J. Pontvianne (saxophone sur 9), Cyclo (production sur 11 & 13), Mister 0 (Sanza sur 11), Daril Coxone (production sur 12), Tieums (doublage batterie sur 15), Night Marauders (production sur 16).
Distribution 2Good en partenariat avec LZOrecords.
Zo. (chroniqueur)
Six emcees sont en garde à vue dans le bureau de l'équipe de nuit de Kamasoundtracks. L'inspecteur Weeda Fresh secondé par Pan@point ou encore Cyclo (entre autres) compte bien faire passer à table des rappeurs bien en vue en ce moment. L'objectif : en savoir plus sur ces "fresques urbaines qui tiennent en quelques mots : époque, ville, temps, évolution*". Pour se faire, le squad Kamasoundtracks braque sur Arm (psykick lyrikah), Sept (olympe M), Soklak et consorts les lampes à sodium et lance une tripotée d'instrus afin de délier les langues.
Devant le bureau, scrutant du coin de l’œil les platines tenues par Audiomicid en guise de substitut du coup de bottin, les emcees commencent à parler. Loop & Iris partent en aveux métaphorique sur un instrumental dépouillé partagé entre les bons coup de basse de l'inspecteur Weeda Fresh et le son dépouillé de Mr Teddybear. Les accusés dénoncent une "insolente mise en scène" et dévient la discussion sur un étrange parallèle entre terre et espace, relayant la rumeur qui décrit "mars en pire que les states" ("Verdict & Verdigo"). Entrée en matière satisfaisante, Kamasoundtracks a pris la température via un dialogue codé qui ne leur a pas échappé. Retour en cellule pour les deux emcees et convocation des deux nerveux de la bande : Sept et Soklak.
Là, il ne s'agit plus de déconner. Ces deux individus ont un profil inquiétant. Soklak est réputé pour sa gouaille et son savoir vivre chaotique. Quant à Sept, c'est celui qui a le casier judiciaire le plus chargé, et il est bien connu pour "mal respirer la vie qu'on lui propose". Les doses de barbituriques et gélules dont Kamasoundtracks ont gavé les emcees font leurs effets. Ces deux types, menottés au radiateur, déversent un ping-pong mental sur une ambiance d'âme en cavale et de sons à l'image du cerveau des rappeurs : en ébullition et subissant les affres des mutations médicamenteuses. Les emcees n'ont plus rien à perdre ("des chances de sortir de là intact, j'en ai aucune !"), et dénoncent la "camisole chimique" dans laquelle ils sont enfermés. Voilà deux bons cobayes pour Weeda Fresh et ses collègues. En révolte convulsive ("votre paradis c'est la parfaite réplique d'un Kolkhoze") et en crise de paranoïa ("j'ai peur qu'ils confondent folie et repli psychique"), les deux lascars sont à la hauteur de leur réputation : incontrôlables mais toujours disposés à tagguer de phases indélébiles leurs cibles. Les nouvelles auditions de Sept sont d'ailleurs riches en enseignements. Disposé à s'exprimer sur des bandes sonores oppressantes, supportées par la guitare de l'officier de P.J Nota Bene venu en renfort, Sept ne tient pas en place ("l'immobilité m'exaspère") et fait exploser les modèles économiques et sociaux dominants à coup de dénonciations vindicatives, tantôt seul (le massif "Versant Nord"), tantôt appuyé par les analyses justes de son complice Loop ("Extorsion de fonds"). Parallèlement, Grems fait son numéro de gangster funky et détruit la télévision suspendu au dessus de sa tête dans la salle d'interrogatoire tout en débitant un flow malléable parsemé d'insultes dédié à ceux qui font le petit écran. La déposition de l'accusé se résume au constat de la manipulation quotidienne pas très catholique exercée par le tube cathodique ("Crise péritelle"). A chaud toujours, Iris est sur un fil (ou plutôt sur la corde d'une guitare funky appuyée par quelques cuivres) pendant son témoignage situé quelque part entre l'A86 et l'immuable mouvement des aiguilles du temps ("pour ceux qui par peur du faux départ seraient restés bloqués dans les starting, notez que dans l'humeur massacrante des files d'attente il y a une place à prendre"). 3 minutes d'audition remplies de précieux éléments sur la course contre la montre à laquelle se livre la population dehors comme derrière son écran : "le progrès a un appétit d'ogre, il digère à la vitesse de la lumière (...) on ne pèse pas lourd à l'époque où l'homme préfère à ses voisins l'autre bout du globe en un clic" ("Sur un fil").
Derrière ces coups de pression et pétages de câbles, la bave aux lèvres pour certains, le coup de speed stylé pour d'autres, se cachent des interrogatoires plus intimistes. Arm s'applique comme à son habitude à délivrer des récits méthodiques à l'écriture visuelle conjuguée à une radiographie des âmes. Malgré un flow monotone, qui transmet une impression presque robotique sur des instrumentaux aux sonorités froides et un peu industrielles ("Métronome"), les descriptions et narration du mc restent des témoignages importants de par leurs précisions lexicales. Loop se la joue groovy et lover sur un instru smooth et léger concocté par Daril Coxone, dans le but de relâcher un peu la pression et de remettre en confiance. Enfin Iris et Soklak se livrent à des confessions sur un flottement à sonorité rock, où la guitare (samplée cette fois) n'est pas pour rien dans le spleen que colporte cette audition ("je laisserais pas de traces ni d'adresse, mais ce qui me tracasse et m'agresse").
Le rapport délivré par Kamasoundtracks, intitulé Soul'Sodium, comporte tout de même quelques zones d'ombre, au premier rang desquelles des voix parfois sous mixées ("Métronome"), ce qui peut nuire à la pleine concentration de l'auditeur sur une matière textuelle fournie et de qualité. Il en résulte que l'atmosphère qui se dégage de certains instrumentaux a parfois tendance à happer le flow et les textes des emcees, semblant les reléguer en arrière plan. Les ajouts d'enregistrements directs d'instruments compensent le côté parfois un peu froid de certaines productions, qui tendent à l'occasion vers un certain minimalisme (par exemple "Soul'Sodium industrie" ou encore "Extorsion de fonds" pour les ajouts). Ceci dit, la force de ces quinze chapitres sonores réside dans une osmose incontestable entre les diverses personnalités des emcees et les ambiances développées par le collectif de concepteurs sonores de Kamasoundtracks. Tout le monde est à sa place pour remettre les choses en place, comme le démontre le titre collectif "Soul'Sodium Industrie". Si Weeda Fresh et Kamasoundtracks souhaitaient une fresque urbaine, ils ont été plus que bien servis et ont même obtenus mieux que cela. La principale force de Soul'Sodium, au delà de la sacro-sainte originalité érigée comme alternative aux schémas classiques du rap français, c'est bien les constats sur le monde qui nous entoure, ce qui reste l'une des vocations premières du rap (il est parfois bon de le rappeler). Parsemant les ambiances avec une préférence pour les sons stressants, oppressants, à la texture rude, urbaine, flirtant avec des univers de science fiction ou de civilisations sombres, la clique Soul'Sodium a montré qu'elle avait "de la témérité dans *ses* bagages". Et si "la paix dans le monde a mauvaise presse", si "marketing, magazines et packaging assassinent nos critères", ce projet démontre pourtant que l'indépendance, au delà de faire "comme elle peut", fait du mieux qu'elle peut. Et lorsqu'on accueille un Sept au sommet de sa forme qui assène un nombre incalculable de vérités dans ses punchlines sans vergogne, un Loop capable de lâcher des flow monstrueux, un Arm fidèle à lui même, ou encore la verve d'un Soklak et l'écriture d'Iris (qui s'affirme comme un excellent lyriciste), le résultat s'avère vraiment puissant. D'ailleurs, aux dernières nouvelles, la g.a.v des emcees a fini par une libération conditionnelle et depuis, l'équipe de Kamasoundtracks a quitté son commissariat sonore et s'est évanouie dans la nature avec ses gardés à vue...
*Propos extraits d'une interview (Kamasoundtracks 2ème partie), réalisée par Cobalt et publiée en mai 2006 sur le webzine hiphopcore.net (jeudi 29 juin 2006)
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