mardi 09 février 2010 | 13 visiteurs connectés en ce moment
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Enregistré mixé et masterisé à la fabrique par Nico.
Requiem (MC), Piloophaz (productions, arrangements, MC sur 07), Cerrydwen (voix sur 04), Dj O'legg (scratches)
Requiem est également chanteur dans le groupe punk Ken Park sous le pseudonyme de Gunther.
Une piste cachée punk hardcore apparait après l'outro.
A noter sur le beau package une malheureuse faute d'orthographe sur le titre, orthographié "Cartharsis".
Co-produit avec Facto records.
Zo. (chroniqueur)
Rouge. Couleur du sang, celui qui s’écoule des plaies et laisse parfois les corps sans vie. Rouge, couleur de la colère mêlée aux plus grandes douleurs. Rouge, couleur ouvrière, qui séduit les prolétaires à la vie grisâtre. Requiem est l’émanation de ces rouges, à cheval entre lutte et rupture. "Catharsis" est sa manière de broyer du noir, de libérer ses démons. La délivrance n’existe pas sans traumatismes.
Les traumatismes, Requiem en expulse sur ce mini album fait de beats rap sur lesquels il éructe d’une voix gutturale les affres de son existence. Dislocation familiale, amertume d’un diplômé qui vit "la banalité d’un mec abonné aux CDD", disparition des proches, héritage ouvrier, voilà ce qui balise les textes d’un rappeur à qui la vie a fait comprendre que "l’agonie est certainement bien plus effrayante que la mort".
Mort et souffrances, deux thèmes dont il est souvent question sur ce 8 pistes. Et chose surprenante, celles du Christ et de son message y sont souvent évoquées. Requiem, qui est issu de la scène punk, surprend en mêlant le malsain au sacré, qu’il s’acharne justement à désacraliser pour le faire rentrer dans la sphère de l'intime. La description de son foyer, repère de brebis égarées où la survie se pratique recroquevillé sur soi-même pendant que les coups pleuvent comme tonnent les fuites, effraierait plus d’une soutane. C’est pourtant auprès de celui qu’une civilisation a retenu comme le messie que le MC a trouvé le réconfort. Loin des institutions, loin des rites, mais proche du funèbre, Requiem a développé avec le fils de Dieu (du moins sur le papier) une relation intime et directe. Un rapport construit dans la souffrance et la solitude, en rejet de toute doctrine et sermon.
Rouge, couleur du regard de Requiem lorsqu’il évoque ses ennemis. Qui sont ils ? D’abord l’église qui instrumentalise la foi. Puis le monde du travail et sa conception utilitariste des hommes. Enfin, les empires de la morale comme de l’argent, de ceux qui révisent l’histoire à l’industrie pharmaceutique qui organise la sélection des soins, de la recherche du jeunisme à ceux qui pratiquent la vivisection, en passant par les dealers, pourvoyeurs d’oubli au portefeuille bien rempli. Dieu est mort. Son cadavre gît dans la bouche des intégristes. L’amour, celui que Requiem a parfois voulu confier à une fille, est mort. Elles l’ont jeté au fond d’un puits. Il parait que les filles n’accrochent pas sur les mecs gentils. Les proches voient eux leurs rêves mourir, dans l’alcool, sous les coups, dans la sueur qui perle sur leur front.
Catharsis, la libération de pulsions, l’exutoire affectif dont Requiem semble avoir tellement besoin. Sa voix, brutale et gutturale au grain death-metal, qui n’est pas sans rappeler Kabal, l’exprime tout autant que ses textes. Un usage des cordes vocales violent, dénué de toute variation d'intonation et quasi-inédit dans le rap, mais qui une fois accepté permet de dépasser l’aspect d’un traumatisé déshumanisé et avide de vengeance pour finalement y retrouver une œuvre à l’introspection plutôt saine. D’autant plus que si ni le flow ni l’écriture ne se distingue par leur audace ou leur technique, l’intelligibilité reste de mise, ce qui n’est que rarement le cas pour un tel timbre de voix. Quant au tissu sonore de ce disque, il est lui de haute volée. Piloophaz s’affirme définitivement en tant que beatmaker, en déployant dans un premier temps des instrumentaux maléfiques flirtant avec les ténèbres. Interlude passé, les nappes longues et funèbres laissent place à des samples dégageant plus de puissance, sur des beats aux caisses claires moins étouffées. Dj O'legg est lui l’une des paires de mains les plus talentueuses du rap français, mais aussi l'une des plus intelligentes, faisant de ses scratches de véritables arrangements et non une vitrine personnelle. "Catharsis" est brut, doté d'univers glauque, parfois funèraire, mais Requiem y mène bien sa barque dans des chansons courtes, qui ont le mérite de limiter le caractère potentiellement épuisant de sa voix, d’ailleurs magnifiquement tempérée par le chant aérien de Cerrydwen sur ‘Fratrie’. En évoquant les paradoxes qui le lient à l’image paternelle, en réalisant un très bon duo avec Piloophaz sur l’endoctrinement religieux ou en s’arrêtant sur la banalité de sa trajectoire familiale brisée, Requiem réalise un mini album comme il aurait aimé signer une rédemption. Le rap, lui, y verra peut-être un blasphème. Peu importe, le MC n’a pas à en rougir. (samedi 16 février 2008)
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