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Enregistré et mixé au Magic Studio en août 2006
Produit par Kubic avec L'Iceberg.
Zo. (chroniqueur)
Depuis le tabac de 20syl et son groupe Hocus Pocus, le rap acoustique semble être la manière la plus prisée pour déborder les clichés de la musique dite urbaine. "Urbain", un mot ancré dans les consciences collectives. Et un triste qualificatif. Régulièrement plaqué sur les unes des journaux, associé à la violence, à la pollution et aux problèmes de logements, la ville désinforme. Le but ? Drainer ses légendes pour mieux faire de l’ombre à ses vérités les plus sales. Pourtant la réalité n’est jamais totalement la même sur le papier que dans la rue.
Une légende urbaine, tel est le mythe du rap chez nombre de ses détracteurs comme de ses défenseurs. Souvent les uns sont aussi maladroits que les autres. Kubic s’affranchit de ces préoccupations. Lui et son groupe préfèrent en contourner l’enclavement. Un maxi loin du bitume, mais aussi loin des machines, à l’instar des thèmes de l’amour déchu, des femmes et des peines qu’elles véhiculent… Comme pour mieux les noyer dans l’alcool et la fête.
"Avant-propos" fait donc parti de ces disques qui consacrent un rap ignorant la boucle et la street-credibility pour laisser des instruments explorer une teinte jazz/funk si chère à de nombreux rappeurs. Interprétés par un quatuor batterie/basse/guitare/saxophone, les beats sont ici troqués contre une batterie à la frappe nette et toujours bien dosée, tenue en laisse par un charleston jazzy. Les samples s’évanouissent au profit d’une guitare affectionnant les riffs funky bien que discrets alors que le saxophone adopte lui un son globalement feutré, voire lounge, ponctué de quelques belles envolées saturées. De prime abord, un tableau musical alléchant et qui sort des sentiers battus.
Mais Kubic a oublié de ponctuer ses partitions d’audace et d’originalité, laissant sa quête de groove dévorer toute préoccupation de fond. "Avant-propos" se veut avant tout un disque qui sonne. Alors, si la formation a le mérite de délivrer un son net et bien mis en place, poser la carte du rap acoustique sur la table ne permet pas d’éviter les schémas établis. A titre d’exemple, L’EP s’ouvre sur un break saxo/batterie que plus d'un groupe façon New York Ska Jazz Ensemble ne renierait pas. Cela n’empêche pas quelques bons moments d’émailler le disque, à l’image du refrain fédérateur de "Reste libre" ou des solos de saxo bluesy délivrés à pleins poumons en fin de galette. Mais le tracklist de ce maxi glisse si facilement qu'il en prend cette apparence lissée, un peu plus entretenue par Kubic au micro.
Car son rap se cantonne à la surface et semble refuser toute immersion, se contentant de dériver sur des thèmes et des jeux de mots bien construits mais sans éclats, qui empruntent autant à la télévision qu’à la banalité populaire et sentimentale. L’approche thématique de "développement durable", qui dresse un parallèle entre les soucis environnementaux de la planète et ceux qui gangrènent le monde de la musique est certes bien vue. La conviction est au rendez vous sur "Reste Libre". Et si de rares éclats d’ironie auréolent exceptionnellement un MC qui se "dit que personne ne souffre le soir, hormis ce mec qu’il voit chaque jour dans le miroir", ce dernier semble tellement gangréné par le fantôme de 20Syl, dont il adopte jusqu’aux intonations et techniques de backs, qu’il en devient agaçant dans ses harangues qui prennent l'allure d'une prestation de sosie.
"Rock’n roll comme un diabolo menthe" -punchline ratée qui ferait avaler de travers son on the rocks à plus d’un rocker- la musique de Kubic fait son propre aveu de faiblesse : "faut que ça sonne hip-hop, mais pas trop quand même, pour que ta mère apprécie le style et que tes amis reviennent". Privilégiant la couleur et la forme aux teintes et au fond, la facilité fédératrice à la conviction tranchante, les 25 minutes de cet "Avant-propos" sont à l’image "d’un bouquet de fleur cueilli sur un rond point municipal" : aussi mignonnes dans l'intention que maladroites dans leur réalisation. A force de ne pas vouloir bousculer et éviter à tout prix de rentrer dans des cases, Kubic et son groupe -qui doivent probablement avoir une dimension plus ample sur scène- ne prennent pas de risques et s’enferment dans un style semblant préfabriqué. Dommage qu'une préface colporte tant de lieux communs. (lundi 3 mars 2008)
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