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Un album concept ??? En voilà un truc surprenant, je croyais le genre dissout de la carte musicale, depuis le dernier album de Chantal Goya alors. Plutôt casse gueule dès à présent car les gars consomment du MP3 par bombonne de dix litres, le nom des chansons ne sont plus que des chiffres, les pochettes ont disparu, l'objet est fini en tant que tel. On écoute la musique sur un téléphone avec un son pourri mais qu'importe, le futur est ainsi : si pork.
Donc le gars là, Kent arrive avec cet album complètement farfelu, les gens au début, ils tournent autour comme si c'était un truc tombé du ciel genre la bouteille de coca dans le film "Les dieux sont tombés sur la tête". Bon une fois que tu es calé, ce n'est plus pareil.
L'idée est née d'un constat : la sensation d'être un extraterrestre par rapport à ses contemporains. D'habitude cette crise arrive à l'adolescence, le temps de réaction n'est pas le même pour tous. L'histoire exprime le regard d'un extraterrestre sur nos moeurs.
Musicalement c'est sous une orchestration en tonalité Technicolor que les chansons avancent à grands pas, on appuie exprès sur les atmosphères pour propager la tension, l'émotion, le discours (romanesque, romantique, comédie, etc...). On est plus vers une musique de feuilleton télé, le genre soup-opéra-pop-bossa-chitchaaaaaaaaaa. Un peu de ce truc pénible à la Michel Legrand, le truc t'a juste envie de lui balancer un pain dans la gueule pour qu'il se taise. Tu vois ça c'est le côté principe de la relativité.
C'est empreint d'un léger voile de lyrisme rock, parfois évanescent car la musique s'évapore en opposition avec la ligne des traits de Kent. Ah oui, avec le disque les chansons sont illustrées - du moins si vous achetez la version intégrale.
Kent dessine, se replonge dans le dessin de la SF, il utilise beaucoup de couleurs vives, lumineuses. Je trouve que ses dessins sont vraiment et nettement plus beaux que ses chansons. Si il fait une BD de ce disque je l'achète direct, vraiment ses dessins sont magnifiques, de toute beauté. Il y a un mélange de poésie câline, d'utopie effrayante sur un monde à la mort certaine (du moins le monde fantasmé par l'homme de mars).
il poétise un univers sournois et vil dans des atmosphères languides et transpose le naturel de la découverte. C'est peut être la chose la plus importante de ce disque, ce rapport de l'inconnu au naturel.
L'inconnu n'est pas rassurant mais intriguant.
On nage dans un océan de mots qui dérivent, de sensations denses, d'orchestrations limpides, mais on se laisse transporter par une apesanteur soporifique. Kent est un utopiste, il ne pourra pas vous regretter de rêver tout de même ?
De métaphore en conte merveilleux, l'histoire s'égrène comme un sablier intemporel, je reproche à ce nouvel album de Kent un chant limité, une musique maussade qui joue avec les codes cinématographiques mais qui oublie de mettre un peu plus d'angoisses et trop de voilures lassantes. Ce qui ne cadre pas du tout avec ses dessins. C'est là tout l'antagonisme de cet album : c'est comme si le dessin avait capté l'essence de la magie et la densité de tout ce que voulait faire Kent. Comme si la musique, bien qu'utilisant l'orchestration pour amener de la couleur et de la densité, s'était dilué dans la monotonie.
Le dessin utilise l'abstraction pour amener la métaphore, la musique image l'abstraction pour n'amener que le vide. A moins que la musique amène le vide des rapports humain, auquel cas, ce disque est un chef-d'oeuvre. (mercredi 12 mars 2008)
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