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Enregistré, mixé et masterisé par Cyesm au Head-sign studio
Cyesm (composition, machines, production), David Gaudin (Guitare electrique sur 01), Clelia Vega (Piano pitché sur 07)
Twelve code est associé à une création vidéo pour les performances live. Les images sont réalisées par Benjamin Juhel.
Zo. (chroniqueur)
12. Un chiffre aux multiples lectures. 12 personnes entouraient Jésus. L’évangile les a nommé les apôtres. 12, ou le cycle annuel de l’écoulement du temps avec ses heures et ses mois, qui construisent les années. 12, la taille en pouces d’un maxi vynil, le code qui résonne outre atlantique dans les voitures de police afin d’avertir la presse. 12, un chiffre qui fait écho au monde, qui semble imprimé comme un code dans sa durée.
"Twelve Code". Voilà le nom qui s’est imposé à Cyesm pour son second opus. Lorsqu’on lui demande pourquoi, il ne semble pas vraiment savoir. Il élude la question. Le temps et l’instinct parlent à sa place, tous comme les douze pistes de son disque. Il sent pourtant le besoin de préciser que ce dernier se veut politique, comme pour rappeler que ce n’est pas parce qu’une musique est dénuée de voix qu’elle est aphone.
"Blackmail" –son premier disque- s’était imposé comme une description évidente : celle tracée par une musique électronique qui vient se fracasser dans les friches industrielles, qui rôde sous les néons et qui s’engouffre dans les fissures de bâtiment. Poétique ? Peut-être. Mais d’abord versatile et déterminée. "Twelve code" amplifie ce sentiment, en se dotant d’une dimension narrative plus forte que son prédécesseur. Cyesm est à l’aise dans ces lieux désertés par leur propre histoire. Il y laisse errer sa musique dans des élans teigneux, des caresses rugueuses et saccadée. Ses sonorités ne nettoient pas les oreilles. Elles préfèrent y projeter des images, y sculpter des décors ni noirs ni blancs, simplement sombres et surtout drus. La musique de Cyesm est faite pour embrasser l’espace. C’est comme ça qu’elle sonne : pour donner du sens au grand nulle part….
…Et y sonner comme nulle part ailleurs. Echo du monde moderne, écho d'un progrès déshumanisé, écho d’une violence brute de décoffrage comme d’une tendresse éphémère, Twelve Code déploie sa force d’abord grace à sa base : l’excellence de ses beats, enregistrés dans différents contextes, comme pour multiplier les lieux, et donc les sons. Il en reste sa signature : une reverb marquée, spécialement sur les caisses claires, et des cymbales qui ont fait un art de vaciller sans jamais perdre l’équilibre. Les claviers siègent également le long de ce tracklist, y injectant tantôt mélancolie ('Interlude 12'), tantôt menaces et tensions dans des relents Hitchcockien ('Free clash'). Guitare électrique, saccades nerveuses hachurant des sons futuristes et distordus finissent de balayer un paysage habité de poursuites, de stress, de machines. Les mots se perdent sous les lampadaires, le long des palissades, des routes entre forets et zones industrielles.
Alors, dans ces atmosphères, Cyesm fait du recel : celui de nombreuses influences de la scène électro, embrassant aussi bien ses tendances dub que sa brutalité rock en passant par ses élans drum & bass. Mais attention, le producteur est un artisan. Il ne fait pas de pâle copie. Son disque se trouverait plus chez les négociants en diamant d’Anvers que sur les étales des puces de Clignancourt. "Twelve Code" impose définitivement la patte de son auteur et confirme que l’idée d’espace est au cœur de sa musique. Ce qui convainc de la dimension politique de la démarche ? La rencontre de sentiments au cœur du monde moderne, le stress et la mélancolie. Une lutte contre l’étouffement, celui crée par les "grands vides pleins" comme dirait le Kyma. Un message asséné à coup d’images sonores, parfois dans un déferlement apocalyptique ('Tortured toes', 'Nightmare at all') qui laisse en filigrane des instants de solitudes que chacun a connu, aussi bien dans le bouillonnement que dans le néant intérieur. Un disque dense et prenant, dur et sombre, parfois inquiétant, qui souffle la tristesse et pousse l’urgence à bout. (lundi 12 mai 2008)
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