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Psykick Lyrikah › Vu d'ici

  • 2008 - Idwet, id16 (1 CD)

13 titres - 48:55 min

  • 01/ Nulle part
  • 02/ Vu d'ici
  • 03/ Un point dans la foule
  • 04/ Le premier soir
  • 05/ De plein fouet
  • 06/ Anonyme
  • 07/ Ne regarde pas
  • 08/ Comptez les heures
  • 09/ Le chant d'une nuit
  • 10/ Toutes lumières éteintes
  • 11/ Une étoile
  • 12/ L'éclair
  • 13/ L'aube, enfin

enregistrement

Voix enregistrées par Christophe Marraud (sur 4, 7, 8, 10, 11), Thomas Poli (sur 02, 03, 05, 12) et Arm (sur 03 et 11). Guitares enregistrées par Thomas Poli (sur 02, 03, 04, 05, 08, 09, 11, 12) et Arm (sur 01, 06, 07, 10, 13). Mixé par Thomas Poli, Arm et Olivier Mellano au studio Cocoon (Vern-sur-Seiche) sauf piste 01 mixée par Koolkal. Masterisé par Sébastien Lorho au studio Passage à Niveaux (Rennes).

line up

Arm (textes, voix, composition, programmation et guitares sur 06, 07, 10, 12, 13); Dominique A (voix sur 03); Iris (voix et textes sur 08); Olivier Mellano (guitare sur 01, 02, 03, 04,05, 08, 09, 11, 12); Robert le Magnifique (basse sur 04); Gaël Desbois (batterie sur 12); Laetitia Sheriff (choeurs sur 11).


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remarques


distribué par La Baleine

chronique

avatarZo. (chroniqueur)

Styles principaux
rap

Du sol au ciel. Des rues aux cieux. Comme si le bitume avait naturellement avalé les errances de Psykick Lyrikah. Son rap s’est évaporé pour côtoyer désormais un peu plus "les mystères que viennent lire les vents". Moins terre à terre, "Vu d’ici" conserve pourtant l’errance en filigrane ainsi que des thèmes qui, pour la plupart, continuent d’être faits pour être chantés la nuit. Des thèmes, ou plutôt des sentiments, bien souvent noyés au milieu des éléments. L’eau, le feu, la terre, et le ciel, qui tour à tour nettoient, enflamment, absorbent ou colportent avant tout la solitude. Celle d’une introspection faite les yeux ouverts sur le monde et ses âmes. Il y avait d’abord eu les chapitres des "Lumières sous la pluie", puis des "Acte"s. Il y a maintenant les songes de "Vu d’ici". L’ombre que déploie Psykick est désormais planante. Alors, "Vu d’ici" ou vu de là haut ?

Des pieds dans la merde à la tête dans les nuages ?

Arm déploie des phrases aériennes. Il chante "l’absence qui se lit dans nos quêtes". Son introspection flirte parfois avec le recueillement. La rage de "Vu d’ici" méprise l’arrogance. Elle est dans la paume, dans le stylo, dans ces mots qui sont "quelques brèves arrachées à l’instant". Arm raconte. Quoi ? Encore une fois "les mystères que viennent lire le vent". Observations sur le ton de la confidence, dénonciations et prophéties à prendre de ‘Plein fouet’, "Vu d’ici" passe du ciel ‘Toutes lumières éteintes’ au tonnerre d’une nuit orageuse, en s’arrêtant sous "les premières gouttes qui visent le front" (‘Le premier soir’). Parfois amer, l’album semble aussi bien s’engouffrer dans des déchirures que tourner les pages d’un vieil album photo. Il raconte sans raconter. Il préfère évoquer, jeter des mots sur des instrumentaux où la production se fait plus souvent arrangement qu’âme. Si quelques titres -tous produits par Arm- s’affirment d'une touche gérée par quelques notes et pads très électroniques, c’est d’abord la guitare qui envahit le tracklist et en manipule l’intensité. La programmation est ici souvent un arrière plan, un habillage millimétré de détails ou l'étirement de nappes de cordes (les violons d’’Une étoile’) voire de samples de voix (‘Toutes lumières éteintes’) .

C’est donc sur une succession de beats à la caisse claire rarement mixée fort, soit nette et claquante, soit étouffée avec le timbre vibrant, que Arm et Olivier Mellano mènent la danse. Ensemble, pour marier six cordes et mesures de textes. Quelques accords lancinants, toujours électriques, habillent des paroles rappées d’une voix grave dans tous les sens du terme. Parfois presque terne, l’interprétation du MC contraste avec la hauteur de ses phases. Souvent, Arm peut sembler monotone, grave. Impression renforcée sur les titres aux beats les plus étouffés. Les envolées de voix, confinant à laisser transparaître un peu de rage ou de tendresse, s’expriment presque seulement sur les caisses claires les plus claquantes ou sur les passages sans aucune section rythmique (‘Ne regarde pas’). Si Arm adopte sur ‘Le premier soir’ ou ne ‘regarde pas’ un ton plus confidentiel, plus intimiste, il reste souvent dans la déclamation, aggrémentée d'une pointe rauque dans la voix. Des déluges saturés tonnent au milieu de ces litanies de mots. La guitare en guise de baromètre, la seule qui semble pouvoir imposer une tourmente capable de pousser la voix du MC. Quand ce n'est pas s'y substituer. Et si cette impression n’était là que pour créer un détachement, que pour laisser les mots vivre un peu plus d’eux-mêmes, que pour ne pas les élever les un par rapport aux autres ?

"Ombres codées"

"Rien ne sert de courir lorsque tout s’effondre" dit Arm. "Vu d’ici" n’est pas haut en couleur mais profond dans la nuance du sombre. Assurément rugueux, avec des relents post-rock voire noisy, peuplé de mots riches, minutieusement choisis, rarement agressifs, mais qui pourtant cachent des âmes bien plus souvent inquiètes ou fissurées que sereines, ce troisième album semble avoir pris du recul pour mieux laisser la focale de son auteur plonger aussi bien sur des vues d’ensemble que sur des histoires personnelles. "L’illusion chancelle" d’après Iris présent sur "Comptez les heures". Mais elle ne disparaît jamais. Car le détachement dont fait souvent preuve l’interprétation, les notes de guitare s'étirant telles des paysages et volubiles comme des changements de pression atmosphérique, les éléments invoqués constamment font que ce disque satellise l’auditeur. "Assis là on écoutera les vents décupler leurs syllabes, on soufflera les flammes de nos quatre milles ans". L’écoute se voudra solitaire, car la solitude a ce paradoxe de consacrer l’écoute, de donner du poids aux mots. Si vu d’ici, Psykick Lyrikah change tout en gardant sa signature, vu de là haut, plus que jamais il "écrit l’encre au poing" et affine sa plume. "La lumière et le noir ont des cernes communes". (vendredi 1 août 2008)

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