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Selon les intervenants : enregistré par Olivier Richard au studio La Recette à Saint-Loup de Gonois ; enregistré au studio de la rue de Montmartre à Paris ; enregistré dans la salle de bain de Robert le Magnifique avec le micro de Loïc ; enregistrés au sous-sol de Puits au Verier à Alençon ; enregistré au studio Cocoon à Vern sur Seiche ; enregistré au studio Révolution à Limoges ; enregistré au Sonic Studio à Limoges. Mixé pendant les fêtes de fin d'années par Sébastien Devaux au studio de la Rupture Tranquille à Alençon ; masterisé par Sébastien Lorho au studio Passage à Niveaux à Rennes.
Franck Robert dit Robert le Magnifique (composition, programmation, basse et scratches sur tous les titres, guitares sur 02 et 08), Benjamin Guillaume (composition sur 01), Olivier Mellano (composition sur 03, 05, 09 et 12 ; guitares sur 03, 05, 09 et 12), Birdyben (guitare sur 01 et artwork), Laëtitia Sheriff (voix et textes sur 11), Les chlorises (choeurs sur 02), Thomas Poli (guitares sur 09 et 11 ; synthés et scratches au MS20 sur 10), Loïc Renault dit Arm (voix et textes sur 07), Frédéric Roumeguère dit Iris (voix et textes sur 07).
Zo. (chroniqueur)
"Retrouver la trace du Robert"
Suivre le chemin tracé par "Oh yeah baby" le long de la route du Rob' n’est au premier abord pas une mince affaire. Kaleidoscope aux humeurs changeantes, entre saccades mélodiques et télescopages scratchés et bruitistes, ce troisième disque du Magnifique, DJ et producteur de son état, pourrait être vu comme une succession de secousses, tant les sons s'empilent les uns dans les autres. Allant du frissonnement feutré et amusé à la danse spasmodique, les constructions sonores ont ici cette logique de poupées russes. Un son en renferme toujours un autre. Un scratch annonce un gong, une voix déformée amusante (‘Reulf’) surgit d’une rythmique décharnée tel un rire d’enfant. C’est qu'en grand bordélique qui a toujours plein de trucs sous la main, notre Robert aime bien mettre en valeur plein de petits bidules qui à première vue semblaient ne servir à rien. Alors il balance sur sa route des bruits électros parasites si bien dosés que leur compagnie en devient voluptueuse. Il balise les différentes variations de ses morceaux de scratches annonciateurs. Il brandit une certaine tendresse pour les guitares, aussi bien dans leurs saturations sales et appuyées (‘Ma main dans ta gueule’) que dans leurs légères reverb (le presque acoustique ‘Hello Malo’). Sans parler de ces quelques pancartes fléchées dressés par les invités de l'album.
Bref, c’est acté et dit, Robert ne peut s’empêcher de faire profiter l’auditeur de son bordel sonore. Pas glauque pour un sou, la panoplie de désordre qu’il range au fur et à mesure de son chemin ne semble jamais encombrante. Elle est au contraire disposée avec joie et spontanéité. Avec feeling même ! Car attention, le propre d’un bon bordélique, c’est de s’y retrouver dans son bazar. Alors ce serait une erreur de croire que celui qui disparaît au coin d’une ruelle une pinte à la main jette en pâture et de manière désinvolte tous les petits éléments sonores qui lui tombent sous la main. L'éthylisme n'est ici pas le seul bon vouloir.
Bien au contraire, il y a une sorte d’instinct qui anime notre homme. Une sorte de double conscience : celle de la mélodie, et celle de ses références musicales. Si El-Magnifico ne tombe jamais dans la facilité bruitiste ou l’abstract de bas étage et qu’il est un mec à la coule, c’est qu’il est autant capable de tabasser le dancefloor (Bad'z pixel') et ampli marshall que de s’épanouir dans les petites ambiances feutrées (le ludique 'No buzz anymore'). Et surtout que son disque, avec cette patte joyeuse et spontanée, en appelle aux références de tout un chacun. Bref, des indices pour transformer les dédales de la route du Rob’ en jeu de piste. Magnanime puisque magnifique.
Car si Robert a des constances, entre autres dans son utilisation des scratches, son disque réussit à évoquer autant Robert Smith que Tom Morello, Jimmy Page que Kid Koala. Avec Les Chloristes et une guitare électrique c’est une relecture accélérée de 'Boys don’t cry' qui éclate à la figure de l’auditeur ('Nina'). Les quelques notes de clavier saccadées enveloppées dans les cuts tout en contretemps de 'Oh yeah baby !' sonnent comme une ode digne du petit marsupial de Ninja Tune. Quant à 'Ma main dans ta gueule', que dire d’autre que le titre lui sied aussi bien que le riff de guitare joué par Olivier Mellano, à mi chemin entre les inspirations d’un 'Wake Up' estampillé Rage Against the Machine, et le 'Kashmir' vu par Led Zepellin. C’est qu’il est parfois rentre-dedans le Robert, mais sa légèreté millimétrée fini toujours par reprendre le dessus. Il lui faut la place pour remplir ses rythmes de petits détails sonores, cassures et arrangements. Ce qu'il fait durant 45 minutes sans jamais surcharger ses morceaux ni les rendre illisibles. Finalement, tantôt extasiées, tantôt high et relax’, parfois un poil brutales mais plus souvent pleines d'excitation, les pistes de l’album ne tirent jamais la gueule, ou alors c’est qu’elle est de bois. Ainsi, entre ces habillages scratchés, au milieu de cette démarche avenante malgré un côté abstract hip-hop raffiné, Arm et Iris apparaissent accoudés à un comptoir, venant conter les disparitions éthyliques de leur hôte. Piliers de bar hagards à la voix pateuse et que plus rien ne surprend, ils en profitent pour sortir du registre très aérien et impénétrable qui était le leur ces derniers temps.
Mais attention, si Robert se fait présenter par ses potes comme un "diable au comptoir qui donne son récital", que lui s’affuble du qualificatif de "magnifique", et qu’ici même, il passe pour un bordélique notoire avec un poil de culture musicale, il faut tout de même être honnête. Derrière cette réussite sonore semblant puiser dans son aspect foutraque et foutoir la qualité qui fait son charme et sa réussite, il y a surtout ce qui semble être un travail d’orfèvre. En témoigne le mixage d’un disque aux milles sons où jamais l’un ne tue l’autre. En témoigne une âme taquine et facétieuse qui gambade subtilement sur les routes du Rob’ : des beats et des constructions versatiles, des riffs et accords de guitare dévastateurs dans leur ampleur (rencontrer Olivier Mellano va finir par sembler relever de la révélation), des sentiers bordés de scratches euphoriques et de présences vocales aux différentes formes (chantées, criées, rappées, en chœur, en solo, coupées, pitchées, samplées, etc.). Alors avec tout ça, il peut bien se permettre de paraître bordélique le Robert. Car rarement un tel désordre aura semblé si riche et maîtrisé. Magnifique. (mardi 18 novembre 2008)
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