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Enregistré par Skread au Viking Bastard Studio à Caen. Mixé par Veronica Ferraro. Masterisé par Jean-Pierre Chalbos à La Source.
Orelsan (textes et voix), Skread (programmation et instruments), Gringe (textes et voix sur 12), Ron Thal (guitare sur 14), Nadia (voix additionnelle sur 06), Keinia (voix additionnelle sur 08).
On voudrait nous faire croire que "Perdu d’avance" est le portrait d’une génération de jeunes provinciaux (sic) qui s’emmerdent, et qui ont enfin trouvé le porte-voix qui leur manquait tant. Au point qu’à travers une semaine spéciale sur Skyrock, un article dans Libération, une chronique de Marion Bernard sur France-Info, des encarts publicitaires dans les quotidiens gratuits qui finissent dans les poubelles des transports en commun, la France semble découvrir un pan de l’une de ses réalités. Pan qu’elle s’empresse de mettre dans une petite case aussi vite que de lui trouver son public. Alors ceci se veut la chronique d’un album qui surprend dans un pays où faire du rap en étant blanc et sans sortir d’un "quartier" (du moins la définition que s'en font les politiques) est trop vite résumé à une posture d’auto-dérision. Comme si Orelsan n’était pas sérieux, mais juste là pour rire.
C’est pourtant vrai que "Perdu d’avance" a quelque chose de générationnel. Ses textes sont les histoires d’enfants qui se sont éveillés à côté d’une Nintendo et qui 20 ans plus tard cherchent une copine et du travail avec une PSP, un bout de shit et des Aspegic dans la poche. Ce sont les trajectoires brouillées d’une jeunesse qui va droit au but sans avoir une seule idée de ce dernier, d’adultes manqués qui se sont élevés en même temps qu’une chaîne cryptée et qui ont été éduqués à côté d’une technologie galopante, toujours en cure de jouvence à force d’innovation. "Perdu d’avance" a ce quelque chose d’ultra codé qui semble en faire un disque pour ado’. Il a la peur de l’échec collé à la peau, celle que l’on trouve la force de regarder en face seulement la nuit en voyant avec appréhension l’aube des responsabilités un peu plus pointer son nez.
Ainsi, tout est question de point de vue lorsque le regard se pose sur l’album d’un éternel petit singe en hiver, qui oscille entre crises d’angoisse et tranches de vie, de moments où la limite entre le pathétique et l’insolence devient trop fine pour savoir où vraiment se situe la réalité. Il ne reste alors plus qu’à se fier à la perception des choses. Celle d’Orelsan ? Elle a un pied dans le confessionnal, l’autre dans un pessimisme amusé, et son corps balance entre vertiges, aveux de faiblesses, et regards mi-amusés mi-désolés sur des mauvaises descentes. Ce n’est pas tant l’ennui qui est ici décrit, mais plutôt la peur de devoir construire. Orelsan la raconte en filigrane avec sa voix d’anti-héros traçant plus ou moins habilement des lignes de fuites qui finissent toujours au pied du mur.
Pas étonnant donc que le disque s’ouvre et finisse par deux confessions, et qu’il n’entre en vitesse de croisière qu’après son titre pivot : ‘No Life’. Tourbillon vertigineux d’un non-sens qui se transforme en routine, le morceau est le connecteur qui donne cette lecture aux douze autres pistes : Celle d’un rap qui pose un décor faits de punchlines plus ou moins grasses et réussies, d’un humour gras aux métaphores parfois un peu attardées qui esquinte le bluff, les excès d’orgueil et les abus de pouvoir de ceux que son auteur doit se farcir au quotidien, de la facilité à se prendre les pieds dans le tapis devant les autres tout en se décevant soi-même, et à mener des rapports aussi intéressés qu’indécis avec les filles.
Et puis il y a l’envers du décor, d’abord celui d’un MC qui joue de ses faiblesses, de sa peur de tout foirer, mais qui surtout aime le rap et jouer avec. Orelsan s’acharne à parapher 57 minutes de réalisation millimétrées signées par son binôme Skread (Booba, Nessbeal…). Sans bousculer, le disque surprend, par ses sons denses mais jamais surchargés, par ses procédés de l’ordre du détail (nombreux cuts, retournement de samples, entrées, agencement et mixage des différentes pistes) mais qui tour à tour meublent, habillent et relancent des compositions au premier abord faciles mais efficaces. Calibré sur un format radio et des refrains faciles à avaler, le tracklist de l’album varie les procédés mais maintient pourtant une cohérence : celle d’instrumentaux amples, léchés (trop ?), qui savent aussi bien breaker des beats binaires que les consacrer, parsemer de vocoder les systématiques refrains autant que certaines fins de phases du MC et finir le disque sur des envolées de guitare signées Ron Thal (oui oui, vous avez bien lu).
Voilà qui force à prendre Orelsan au sérieux. D'abord parce que les anti-héros ont toujours eu quelque chose d’attachant. Ensuite parce qu’il n’est jamais désagréable de reconnaître certaines de ses propres expériences, de trouver une proximité dans un disque travaillé, qui autant marketé soit-il, dégage une impression d'honnêteté. Car à défaut de rapper pour M. Tout-le-monde (ce qui revient souvent à ne parler à personne, amis philosophes bonsoir !), Orelsan louvoie entre l’amusante mesquinerie, le vécu de la classe moyenne et les éclairs de lucidité, généralement rencontrés les soirs à passer des nuits à ne rien faire, à regarder le temps défiler. Pendant que Morissey déclare que "la célébrité, c’est dégoûtant", le rappeur de Caen arrive en ville, la grande, la dure, celle des confluences. Certes, il ne fait pas peur à voir, certes il ne fait pas changer tout le monde de trottoir. Mais il rappe des deux côtés du miroir, là où l’ironie consacre le reflet. Celle d’une génération de ‘No-life’, celle de ceux qui n'ont ni une vie heureuse, ni malheureuse, mais seulement la peur d'encore une fois tout foirer. "Perdu d'avance" ne remet rien en cause, n'érige pas de nouvelles valeurs, il est loin de renier l'époque dont il est le fils. Alors il fait avec ce qu'est le monde aujourd'hui en revenant sur le grand écart qui sépare le jour de la nuit, qui différencie la représentation sociale au vide la solitude, qui pousse à continuer à marcher sur le fil d’une banalité tantôt affligeante, tantôt amusante, mais bien trop souvent dérisoire. Le cocktail de l’anti-héros, la force d’un décalage : être raccord avec la réalité de tout un pan d’une tranche d’âge, qui dépasse l'âge ingrat tant il y a de réticences à grandir. ‘La peur de l’échec’ ? Elle attendra finalement le second album. (mercredi 25 février 2009)
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Bonjour,
J'avais vu "Sale Pute" et "St Valentin" bien avant son album. Ca ne m'avait pas choqué, c'était simplement du rap qui (à mon sens) ne méritait pas d'intérêt. Quelques années plus tard, Orelsan revient avec un album. Album dont je fais la chronique et dans lequel il n'est pas question de morceaux intitulés "Sale pute" ou "St Valentin". Je chronique un disque, pas la "moralité" d’un individu. Si je devais chroniquer du Noir Désir, je ne serais pas là pour parler des faits divers de B. Cantat. Si je devais chroniquer Mylène Farmer, je ne serais pas là pour juger si c'est une pétasse allumeuse. Je m'interrogerais plutôt de savoir si c'est une artiste qui s'amuse des corps objets.
Quant à l'indignation sélective que soulève Orelsan, mon avis est que c'est purement pitoyable et ridicule et surtout très fatiguant. Je déplore qu'on ait besoin d'un bouc émissaire et qu’on ait autant de temps à perdre sur des écrans de fumée, comme c'est le cas à chaque fois qu'on brocarde une oeuvre. Les femmes battues, ça se défend avec une action sociale pas en s'indignant d'une chanson. Le racisme, ça se combat en faisant preuve de rapports sociaux équitables, pas avec de la discrimination positive ni en s'indignant dans son salon. Je m'épargnerais donc toute polémique sur les précédents morceaux de ce rappeur, qui comme je l'ai dit, sont pour moi plus sans intérêt que choquants. Quant à la notion d'oeuvre littéraire, je la laisse à votre libre appréciation.
votre article oublie quelques textes parfaitement insanes, comme St Valentin, dans la droite ligne de sale pute. Ce n'est pas le seul texte aux propos discutables, un anti héros toujours violent et porté aux sévices sur les femmes, ce serait "être raccord avec la réalité" ?? Cette indulgence pour la récidive dans les textes est surprenante, et d'ailleurs, il est curieux que les commentaires sur Orelsan tournent autour de la censure, de la liberté d'expression, mais j'attends une explication de texte pour me convaincre que St Valentin est une oeuvre littéraire.