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Produit par Phoenix & Zdar. Mixé par Philippe Zdar Cerboneschi. Enregistré et mixé à Motorbass (Paris).
Deck d'Arcy : Basse. Laurent Brancowitz : Guitare. Thomas Mars : Vocaux. Christian Mazzalai : Guitare.
aircoba (chroniqueur)
Sous l’effet multiplicateur du web 2.0, quatre chiffres peuvent très rapidement se transformer en millions de téléchargements. En déposant un premier extrait sur la toile, Phoenix ne s’attendait pas à un tel succès. Durant trois semaines, ‘1901’ a été le titre le plus bloggé dans le monde. Christian Mazzalai s’en réjouit : "Ce sont les music lovers qui ont repris l’info. Et le pouvoir !" (Magicrpm, mai 2009, Hors-série Phoenix). 2009 semble être l’année des quatre Français, invités jusque sur le plateau du célèbre Saturday Night Live pour y jouer deux titres de leur nouvel album. Pas de doute, même si Phoenix fait partie des groupes français les plus (re)connus (à l’étranger), le buzz est sans précédent. Trois ans après "It’s never been like that", les Versaillais reviennent avec "Wolfgang Amadeus Phoenix", un titre faussement prétentieux, à la fois 'sublime et grotesque' selon Laurent Brancowitz. Trois obus descendent en flèche des nuages, signe que le quatuor tricolore compte placer une bonne fois pour toutes Versailles sur la carte.
Avec ce quatrième disque, Phoenix revient aux sources et distille une pop classieuse, faite de mélodies redoutablement efficaces, rappelant leurs débuts et leur premier carton (‘If I ever feel better’). En permettant à ses amis de longue date d’enregistrer dans son studio, Philippe Zdar (moitié de Cassius) a naturellement été amené à travailler sur ce projet. Au-delà de sa contribution au mixage de l’album (comme il avait pu le faire sur "United"), il a joué un rôle essentiel dans toute sa conception. Régulièrement de passage au studio, ses quelques conseils sont très vite devenus de précieux avis, à tel point qu’il est devenu le co-producteur de "WAP". Le groupe confiait dernièrement ses deux hantises aux lecteurs de Magicrpm : splitter à cause des femmes et faire un album qui sonnerait comme une version 2.1. ou 2.2. du précédent. Ici, pas question de servir la même formule. Ce n’est de toute façon pas le genre de la maison. Ce dernier album s’avère être un patchwork des différentes approches qu'a adoptées Phoenix par le passé. Il regroupe des enregistrements live (en one shot), où tous les musiciens jouent ensemble, comme c’était le cas sur le spontané "It’s never been like that", et d’autres multipistes, avec parfois jusqu’à plus de cent prises pour chaque son. C’est de cette manière qu’avait été conçu leur deuxième album ("Alphabetical"), le plus douloureux à réaliser selon le groupe.
Livrant comme à l’accoutumée dix pistes, ce "WAP" donne l’impression que Phoenix a bien appris sa leçon. Presque trop. Le groupe rend une excellente copie, en prenant soin de mettre le paquet sur l’introduction et en veillant à ne pas négliger la conclusion. ‘Lisztomania’ ouvre le bal de la plus belle des manières, avant que ne résonnent déjà les nappes électroniques du deuxième hit de l’album. La mélodie calibrée, les breaks efficaces et l’envolée finale de ‘1901’ lancent parfaitement la machine à tubes que se révélera être "WAP". La musique du quatuor versaillais ne se résume pas seulement à un son léché et diablement efficace, renvoyant ainsi la concurrence loin derrière en matière de pop music moderne. Que serait un album de Phoenix sans la voix de Thomas Mars, toujours aussi discrète depuis le ‘Playground Love’ d’Air (Bande Originale de Virgin Suicides), et le charme indéniable qui s’en dégage ? Emmenée par un couple basse/guitare délectable, elle fait des ravages sur ‘Fences’. Et lorsqu’aucune corde vocale ne vibre, c’est à peine si l’auditeur s’en rend compte tellement il est happé par la musique. 'Love like a Sunset part I', version retravaillée de 'Twenty one one zero', en est l’exemple parfait. Et c’est aussi le point d’orgue de l’album, au croisement du psychédélisme de Pink Floyd et de la musique d’ordinateur de ce début de siècle. Avec un titre pareil, tout est permis. Pourquoi ne pas y voir une scène d’amour découpée en trois temps, deux parties ? (Make) ‘Love like a sunset part I’, premier temps, deux corps se frôlent. Pendant 3’30, la tension monte petit à petit, nos deux amoureux s’enlacent puis s’entrelacent. Deuxième temps, le beat démarre, on y est. Une cadence enivrante s’installe, le rythme cardiaque s’accélère. Derrière l’instrumental qui redouble d’intensité, deux corps brûlent… jusqu’au feu d’artifice. (Make) ‘Love like a sunset part II’, troisième temps, une guitare sèche dépressurise l’atmosphère, l’acte est consumé, tout comme cette dernière cigarette qui s’éteint avec le soleil. Après un départ en fanfare, Phoenix contrôle la course en se préservant de tout accident. A partir de ‘Lasso’, les Français sont en roue libre et les tours s’enchaînent sans surprise. Seul signe évident d’une baisse de régime, ils signent un des plus mauvais temps avec ‘Countdown’, avant de renfoncer la pédale d’accélération pour décrocher un des meilleurs chronos lors de l’avant-dernier tour (‘Girlfriend’). En dépit d’une course déjà gagnée depuis la mi-parcours, le final n’est pas dénué de tout intérêt puisque c’est avec panache qu’ils terminent sur ‘Armistice’.
Dix tours plus tard, le quatuor franchit seul la ligne d’arrivée. "Wolfgang Amadeus Phoenix" est un album exemplaire dont les seuls défauts sont ses principales qualités. C’est une véritable usine à tubes où les mêmes schémas se répètent d’un titre à l’autre. La recette ne change pas mais elle marche à tous les coups. Seulement voilà, il manque un supplément d’âme à ce disque, le charme du titre éponyme d’"Alphabetical" et un brin de folie (celle de ‘Funky Squaredance’) pour remporter une adhésion totale. Le groupe semble s’être tellement appliqué pour livrer l’album parfait que l’ensemble paraît presque trop travaillé, trop calculé, trop propre. Comme le dit l’adage, le mieux est parfois l’ennemi du bien. Même s’ils n’explosent encore pas tous les compteurs, les Français s'en rapprochent en signant la meilleure performance mondiale de l’année, catégorie pop raffinée. (lundi 7 septembre 2009)
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