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Dreyf › Same Player Shoot Again vol. 1

cd | 19 titres | 63:01 min | un nouvel espoir

  • 1 Un nouvel espoir [4:30]
  • 2 L’effet papillon [1:47]
  • 3 Same player, shoot again [3:41]
  • 4 L’oeil du cyclone [3:24]
  • 5 Le blues de Neverland [4:04]
  • 6 Mes super-héros [3:45]
  • 7 Aujourd’hui tout va bien [4:08]
  • 8 Entre chien et loup [3:49]
  • 9 Elle rêvait [2:22]
  • 10 Hommes de verre [3:49]
  • 11 Tour de Babel [3:30]
  • 12 Golden gun [1:15]
  • 13 Enfants de la batterie [2:46]
  • 14 Tout c’qui brille... [3:59]
  • 15 Mon coté obscur [3:18]
  • 16 Que du bluff, que du faux [3:40]
  • 17 Pesticide [3:27]
  • 18 Game over [1:07]
  • 19 Comme dans un coin du Bronx [BONUS TRACK] [3:56]

enregistrement

Enregistré au Studio PFI sauf piste 05 à Hologram Factory et piste 07 au studio La Baze. Mixé par Dreyf, Jérémie Tuil et les différents beatmakers / producteurs musicaux. Masterisé par Florent Sabaton au studio Color Sound.

line up

Dreyf (Mc), Catharsis (Producteur musical sur les pistes 1, 4, 7, 14, 15, 16, 17 & 19), Skeezo (Producteur musical sur les pistes 2, 3, 9 & 13), Karl Colson (Producteur musical sur les pistes 6, 10 & 11), Lartizan (Producteur musical sur la piste 5), Le Roumain (Producteur musical sur la piste 8), Fratello Beatz (Producteur musical sur la piste 12), CHI (Producteur musical sur la piste 18), Dj Cori (Scratchs sur la piste 1), Jay Carré (Scratchs sur la piste 7), Nakk (Mc invité sur la piste 6), Larsen (Mc invité sur la piste 7), Stern (Mc invité sur la piste 10), Abyss (Mc invité sur la piste 10), Viny (Mc invité sur la piste 14 et participation vocale sur la piste 11) Wilow Amsgood (Mc invité sur la piste 14 et participation vocale sur la piste 09), Gwenzel (Mc invité sur la piste 14), Zesau (Mc invité sur la piste 15), Delta (Mc invité sur la piste 16), Beakosan (Mc invité sur la piste 16), K-One (Refrain sur la piste 3) & M. Angel (Choeurs sur la piste 8).

remarques

Réalisé par Dreyf. Graphisme, design et photographies par Koria. Producteur exécutif : Lartizan pour LZO Records.

chronique

avatarrg prod (chroniqueur)

Styles principaux
rap

JOURNAL DE RG PROD, 08 OCTOBRE 2009.
C'est une journée comme il en existe tant d'autres. Un soir pluvieux. Je regarde par la fenêtre les gouttelettes coulant le long de mon reflet. Sale mine que j'ai là, mal rasé, pas fermé l'oeil depuis plusieurs nuits. Le cendrier posé sur mon bureau s'avère lui aussi mal en point. Grouillant de mégots à la mine patibulaire, il me jette un regard noir de cendres. Je soupire.
Un bruit lointain effleure mes oreilles, pas besoin de tourner la tête pour savoir quelle en est la cause. Derrière moi se trouve le Big Boss de The French Touch qui ne cesse, depuis une demi-heure, de me réprimander sur le fait que je ne suis pas très productif. Il est vrai que cela fait maintenant un an et demi que je travaille dans les locaux de cet obscur et indépendant webzine, et je n'ai fourni à peine qu'une dizaine d'articles. Je suis comme ça, un rêveur, pas un bourreau de travail. Je l'entends vaguement menacer de me nommer à la rubrique des chiens écrasés si je ne lui rends pas un écrit dans les prochaines heures. En langage clair : m'occuper de la section Star'Academy et autres Pop Star. D'habitude, cela m'aurait mis hors de moi. Mais là, c'est à peine si je m'en préoccupe. D'autres chats à fouetter.
Je pense surtout à la lettre glissée malicieusement par une main connue dans mon courrier interne. Avec ces quelques phrases griffonnées : "Peter Pan a été assassiné par celui que l'on nomme dans le milieu Dreyf. Passe ce soir aux endroit et heure habituels avec ton lecteur CD portable. Un colis t'y attendra". Je reste pensif.
Le meurtre de Peter Pan datant de quelques mois a fait grand bruit. Même si - à priori - il n'y a aucun rapport avec mon job, je sais de source sûre que les flics en charge de l'affaire pataugent tels des amateurs. Mais le plus intriguant reste la façon dont mon indic dit "Gégé la Poucave" a pu récolter ces informations. Il est vrai qu'il est infiltré depuis un long moment dans le rap français. Paraît-il même qu'il rappe sous un de ces nombreux autres pseudonymes. Pas très important tout ça, chacun ses secrets. Tant qu'il me donne des informations valant de l'or à mes yeux.
Je prends mon manteau et sort en laissant mon chef déblatérer tout seul ses tendres mots. Il veut du scoop, il va en avoir.

Le vent me fouette violemment le visage, tandis que les gouttes glacées s'acharnent sur mon cou. Pas un temps à aller chercher un rappeur dehors, mais qu'importe. Je marche d'un pas décidé, toujours pensif. Dreyf. Ce nom ne m'est pas inconnu, bien au contraire. Un de mes collègues avait auparavant enquêté sur lui. Ayant consulté son dossier, il en ressort que de rappeur intimiste et mélancolique ("Son d'automne" - 2005), il est devenu un MC sûr de lui, rentre dedans, sachant précisément où aller. Certains ont même été jusqu'à qualifier son évolution de fulgurante. Mais rien que je ne sache déjà. Discrètement, j'ai aussi suivi de mon côté son parcours. Il me revient en tête une de ses récentes phrases : "Je souris à mon prédateur avec un sécateur pourri" ("Circa Diem" - 2008). Et en effet, il semblait déjà prendre de l'assurance.
Cependant, je n'aurais jamais imaginé qu'il aurait été jusqu'à s'en prendre à Peter Pan. Pour quelle(s) raison(s) ? Fuir son fameux syndrome ? Marquer, d'une croix rouge sang, un tournant décisif de son existence ? Tirer un trait sur le passé ? Que d'interrogations. Je devrais néanmoins trouver des réponses via mon indic et ses recherches. Du moins je l'espère.
Trempé jusqu'aux os, j'arrive à l'endroit convenu, qui semble désert comme à chaque fois. Un vague terrain à l'abandon. Je m'approche d'un renfoncement de la palissade, là où "Gégé la Poucave" a l'habitude de me déposer ses fameux "cadeaux". J'en sors une enveloppe kraft. Dubitatif, je l'ouvre et découvre un boîtier CD intitulé " Same Player Shoot Again" (SPSA). Voilà donc l'objet du délit, que je me mets à écouter d'une oreille décidée et attentive, et ce malgré le temps impitoyable.

Un simple coup d'oeil à la jaquette - sorte d'hydre à 3 têtes entourée d'une multitude d'indices se référant aux différentes pistes sonores - me suffit pour décrypter, du moins partiellement, l'évolution flagrante de Dreyf. Non content d'être l'assassin - présumé - de l'enfant-qui-ne-grandit-pas, il en a profité pour se débarrasser définitivement des étiquettes accrochées à lui telles des sangsues.
Cela me semble clair : fini le rap feutré et mélancolique de "Son d'automne", place au rap coup de poing en forme d'exutoire ("Je fais du Rap ma thérapie" - 'Game Over'). Un raz-de-marée sonore. Voilà à quoi je suis confronté. Exit le MC timide, place au guerrier à la hargne chargée d'acide sulfurique ("Ma colère rage, résiste au commérage" - 'Pesticide'). Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Ambitieux, mais sans vendre sa fierté et ses idées au plus offrant, il part d'un pas décidé et confiant, quitte à se jouer ironiquement des paradoxes ("je rappe au-dessus du rap et de sa grosse tête" - 'Un nouvel espoir'). Je n'en reviens pas. Est-il devenu arrogant ? Peut-être. Mais c'est la loi du game après tout.
Je constate cependant une chose : sûr de lui, il n'en a pas pour autant renié sa plume d'antan. Il l'a même affinée pour exprimer tout haut ce que semblent ruminer tout bas ses pensées les plus meurtries. Car comme tout un chacun, tout comme moi, Dreyf connaît les aléas de la vie. "Que valent les pansements sur une plaie béante, quand le plus petit problème te marche dessus avec un pied de géant" ('L'oeil du cyclone'). Partagé entre jour ('Aujourd'hui tout va bien') et nuit ('Mon coté obscur'), entre 'Chien & loup', entre force ('Mes super-héros') et fragilité ('Hommes de verre'), il se met à nu sans pour autant se confesser et se livrer entièrement.
Une évidence m'apparaît soudainement : que ce soit seul ou accompagné par la multitude de rappeurs et producteurs parsemant "Same Player Shoot Again", il reste un solitaire dans la foule, qui trace son chemin à l'écart des balisages du rap français. Dreyf le crie de sa voix devenue plus rugueuse et ne s'en cache pas. J'en tremble et saisis plus clairement les tenants de l'histoire. Il n'est pas là pour faire plaisir à qui que ce soit, il rappe pour vider son coeur et ses entrailles, pour se libérer de ses propres cages.
Je comprends mieux pourquoi Peter Pan a cessé, bien malgré lui, de voler au secours de ses amis pour s'écraser sur le bitume sinistre, une flaque de sang en guise en linceul. Dreyf a coupé lui-même le cordon ombilical le reliant à l'avant "SPSA", non pas en abandonnant son passé musical mais en le métamorphosant quitte à ne plus le reconnaître. Et ceci évidemment sans que Peter Pan en soit témoin ("J'ai tué Peter Pan, tu crois que c'est légal ?" - 'L'effet papillon').

Je repose mon casque, transpirant à grosses gouttes. La chaleur ambiante n'en est aucunement la cause. Parcouru de sueurs froides longeant littéralement ma colonne vertébrale, je prends le temps de retrouver mes esprits.
Mon indic avait visé juste concernant Dreyf. Sous les coups acérés de sa plume, Peter Pan a rendu son dernier souffle.
Je frissonne. Mais, sentiment paradoxal, j'en suis à penser qu'il a peut-être eu raison. Il faut parfois sacrifier une pièce maîtresse, pour la faire renaître sous une autre forme, plus mature. Le rappeur en est ressorti vainqueur, sans même avoir sorti tous ses atouts. J'en suis véritablement convaincu.
Comme je suis persuadé, n'ayant rien à lui proposer, de me prendre un savon par mon patron. Mais en aucun cas je ne vais pouvoir diffuser ça publiquement. Je range le CD sous mon pardessus bien à l'abri de tous regards qui se voudraient indiscrets. La pluie et le vent se font soudainement plus cinglants. Comme s'ils ricanaient, avec raison, de mes déboires. Car à partir de demain, c'est sûr, je bosserai pour la rubrique des chiens écrasés.
Maudit Peter Pan. (jeudi 8 octobre 2009)

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