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Studio Univeria Zekt, France, distribution seventh records
Stella Vander (chant, percussions), Isabelle Feuillebois (chant), Himiko Paganotti (chant), Antoine Paganotti (chant), James Mac Gaw (guitare), Emmanuel Borghi (piano, Fender Rhodes), Frédéric d'Oelsnitz (Fender Rhodes), Philippe Bussonnet (basse), Christian Vander (batterie, chant, percussions)
Depuis mille neuf cent quatre vingt quatre, le néant ! Le vide ! Depuis le "Merci" de sinistre mémoire, Magma n’avait plus déversé sa musique tellurique dans l’hexagone avec de nouveaux titres studios. Seul les fans kobaïens étaient restés clairsemés et fanatiques sur la planète terre, alors que le dernier ovni de la création avait emporté avec lui les bribes d’une composition née en mille neuf cent soixante douze, bien que les Aktchéologues aient polémiqués de l'authenticité des faits. Ne nous restaient plus que les concerts de plus en plus fréquents comme pour nous faire regretter un si peu d’albums, mais coté nouveauté, point d’irruption dans les bacs.
C’est avec joie et bonheur, et après l’avoir découvert sur scène un an avant, que ce morceau de quarante huit minutes et des poussières d’étoiles fut proposé à nos oreilles en version CD. Nous ne parlons ici que d’un morceau unique puisqu’il s’agit d’une seule pièce présentée en trois parties enchaînées les unes aux autres. Il faut dire que les longs morceaux de bravoure caractérisent la musique de Magma, et tant pis pour la plus part des groupes qui n’ont rien de plus à dire qu’en trois minutes quarante cinq.
Passons rapidement sur la Jaquette, qui ne restera pas dans l’anthologie de la pochette et donne même un petit coté manga puéril auquel Magma ne nous a jamais habitué depuis le premier album, pour parler de l’essentiel : la Musique, avec un grand M. Bien sur, on ne peut réduire Christian Vander exclusivement à la musique, puisque Magma est un tout, un monde opaque aux frontières de l’inquiétant comme pour satisfaire et reveiller la force obscure qui sommeille en chacun. La première chose qui saute à nos oreilles, et nous déroute un peu c’est la production triton, plus feutrée qu’à l’accoutumée, comme si nous étions là, dans le studio d’enregistrement, comme si la fougue de Magma était passée de grandes salles de concerts à des endroits plus confinés. La musique est plus chaude mais aussi moins abrupte, plus accessible, enfin, pour du Magma... Elle est aussi plus vocale, comme elle le fut sur MDK par exemple, cela étant logique puisque "Kâ" fut composé à priori dans les même eaux.
Les premières mesures sont comme toujours fracassantes, bouleversantes, voir boulversifiantes, l’ensemble des voix nous portant déjà au-delà du commun, au-delà des genres, au-delà des modes. Si rien ne ressemble à Magma, c’est sans doute parce que leur folie les entraîne là ou ils ont envie d’aller sans barrières, sans à priori, l’outrance des harmonies vocales nous interpelle dans l’inconnu sans jamais effleurer le ridicule.
Si les chants sont très présents, à partir du troisième mouvement, les instruments reprennent le dessus pour un thème complexe et obsédant, interprété par un Emmanuel Borghi tout en feeling, thème rapidement soutenu par des voix scandées comme autant de chants guerriers. Excellent musicalement parlant ( et de mieux en mieux réussi scéniquement ), mais jamais démonstratif, comme si de la compétence extrême naissait un naturel prolixe dénué de prétention. Tout cela pour nous lancer sur le final , troisième et dernier mouvement. Comme toujours, le final se veut en apothéose, dans en crescendo de séquences toutes plus passionnantes les une que les autres, Christian Vander tient la musique haute et digne, comme s’il poussait en chaque note un cri de liberté musicale. A chaque fois que l’on pense qu’un thème sera le point d’orgue de "Kâ", un autre vient naître avec autant d’intérêt.
L’album meurt entre nos oreilles, nous suggérant que si nous avons du attendre, il n’y a pas eu comme pour nombre de groupes à la longévité illustre, de bradage au niveau de la composition, de la qualité. Nous avons affaire à du grand Magma et pas à la caravane du tour de France publicitaire qui nous ventile des gadgets à de seules fins vénales.
On regrette juste que les instruments soient un peu trop en retrait, mais cela s’explique par le fait que ceux-ci ont été enregistrés quelques mois avant la mise en place des voix rajoutées par couches successives. C’est hélas un peu dommage puisque intrinsèquement il s’agit de la meilleure formation et une des plus stable depuis l‘époque glorieuse du groupe. Dans les moins, on peut aussi rajouter une fin de premier mouvement un peu longue, un peu répétitive et un peu trop marquée seventies, mais cela ne fait que prouver une fois de plus que Magma est dans son univers créatif dénué du mot "concession" et on ne pourra lui reprocher, en clair Magma font ce que bon leur semble et c’est tant mieux.
En bref, cet album d’enregistrement récent, d’un Magma que l’on savait intemporel, nous permet de constater que l’on peut aujourd’hui encore proposer de la musique originale, finalement plus humaine, et même si elle n’est justement pas parfaite, elle peut ne pas inéluctablement passer par la production actuelle qui tend à uniformiser tout ce qu’elle touche pour un moins disant culturel. (mercredi 4 novembre 2009)
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