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Produit par Benjamin Biolay et Béatrice Chauvin pour Bambi Rose. Mixé et masterisé par Erwin Autrique, assisté de Paul-Edouard Laurendeau au studio ICP (Bruxelles).
Ecrit et composé par Benjamin Biolay sauf "Sans viser personne", écrit par Benjamin Biolay, composé par Benjamin Biolay et Pierre Jaconelli, et "Brandt Rhapsodie" écrit par Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal, composé par Benjamin Biolay.
aircoba (chroniqueur)
A l'image de James Gray, réalisateur de "Two Lovers", Benjamin Biolay impose son style dès la première scène. Sans fioriture, beau et poignant. Avec son titre éponyme, "La superbe" s'ouvre comme une plaie sur un espoir d'embellie. Les violons transpercent les mots, les saignent, vont et viennent, puis reviennent. Encore et encore. Piano et guitare redoublent d'intensité. Ils semblent courir côte à côte avant de s'écraser ensemble sur une voix qui s'emballe progressivement. C'est l'occasion pour Biolay de se livrer vocalement, bien plus qu'à l'accoutumée, avant qu'un air de saxophone vienne entériner cette introduction aussi sombre que brillante. Préface des vingt et un chapitres qui suivront. De variations presque toutes plus tristes les unes que les autres, émerge un thème d'espérance, un hymne à l'amour et une volonté de croire en la grande aventure qu'est la vie.
Chapitre premier.
"Paris, le 15 août,
Je t'écris du Bristol où j'ai déjeuné seule. Une salade sans sauce, dégueulasse. Cet été est sans fin. C'est même un été pourri. Voilà, je suis partie hier. Je t'ai laissé un mot sur la commode noire dans l'entrée. Je voudrais bien tout t'expliquer, mais évidemment c'est pas si simple. C'est même compliqué. Je ne demande rien naturellement. De toutes façons, j'ai horreur de quémander. Je t'appellerai dans quelques jours, le temps de digérer un peu. Moi, ça va. Ne reste pas seul. Essaie de voir des amis.
Je t'embrasse.
P.S : J'ai vu ta sœur dans le 41." ('15 août')
'15 août', elle est partie.
A l'image d'un amour tumultueux, l'album est fait de bons et de mauvais moments, de souvenirs agréables et de belles disputes. Breaks corrosifs et envolées déchirantes se succèdent pour le meilleur et pour le pire… car c'est parfois dans le pire que se trouve le meilleur. Se laissant porter par le vague à l'âme, Biolay flotte à la surface du jour en s'adonnant à quelques essais foireux ('Miss catastrophe', 'Assez parlé de moi', 'Buenos Aires'), puis sombre dans la nuit avant de flirter avec l'orgasme ('Ton héritage', 'Tout ça me tourmente'). Tout le long de l'album, il semble avancer sans calcul, ni itinéraire, avec comme seule boussole, ses états d'âmes. Lui qui assure préférer les rimes du rappeur Booba à celles de la plupart des chanteurs français, il affirme également ses influences sur disque. En faisant appel à Clément Dumoulin (un des deux producteurs hip-hop d'Animalsons) pour 'La superbe' et en s'essayant plus ou moins maladroitement au rap sur 'Padam' ou 'Miss catastrophe', Biolay confirme cette fois ses déclarations en chansons.
Au sein de compositions qui respirent l'ambition et relèguent au second plan tout le paysage musical français, Benjamin Biolay s'attache à dépeindre un seul et unique portrait, celui d'un homme brisé par une rupture, sublimé par une large palette de sentiments. Bien que l'ensemble de l'album paraisse sombre, ce n'est sûrement pas un hasard si chacun des deux disques s'ouvre sur une discrète note d'espérance ('La superbe' et 'L'espoir fait vivre'). Biolay chante l'amour sous toutes ses déclinaisons, jalousie, mélancolie, solitude ('Si tu suis mon regard'), bribes d'espoir ('Prenons le large') et son contraire ('Reviens mon amour'). Peu à peu, un homme fragile se dessine, en proie avec ses démons ('Night shop'), évoquant sans complaisance ses regrets, ses addictions ('La toxicomanie') ou sa fuite. Biolay ôte même son costume cousu de fils cyniques et désabusés, le temps d'écrire à sa fille ('Ton héritage'). Il se met à nu en lui dressant un portrait émouvant de son père, un héritage comptant son lot de petits trésors et quelques fardeaux parfois lourds à porter. A l'instar du deuil d'une relation.
Aussi court soit-il, l'alphabet de l'amour reste un apprentissage difficile. Quelques lettres suffisent. 'Brandt Rhapsodie' en est la preuve écrite, véritable point de non retour de l'album. Des mots doux à ceux qui tâchent, du "Je t'aime et là il y a un cœur dessiné au stylo bille" au "A plus, le plus est une croix", c'est toute la déliquescence d'un amour qui se lit en filigrane des post-it défilant sur le réfrigérateur de la cuisine. Séduction, passion, enfant, routine, déclin, déchirement. Fin. Après la rupture, c'est l'heure du chagrin. L'égo fond avec les larmes, et vient le temps des regrets. Dévoré par ces derniers, Biolay s'offre une rédemption nocturne et les déverse avec violence en battant le pavé cadavérique de sa conscience ('Tout ça me tourmente'). A force de voir, on ne regarde plus ("J'ai même pas vu que t'avais des tresses, je sentais même plus tes caresses. Toi dans la baignoire, tu te touchais dès la nuit noire"). L'indifférence laisse place à la décadence. Et puis après, c'est déjà trop tard. Reste la prise de conscience de ses erreurs et de son égocentrisme qui ont tous deux eu raison d'Elle.
Dernier chapitre.
"Quelque part le 15 septembre,
Je t'écris de chez Fred où je bois autant que je peux. Je vois très peu d'amis. D'ailleurs, j'en ai très peu. Je te signale à propos que la commode dans l'entrée n'est pas noire. Non, elle est bleue. Pour les détails formels, on verra ça dès qu'on peut. Je te demande un dernier service au passage. Ne m'écris pas. Non, c'est mieux.
P.S : Je crois que ma sœur ne prend jamais les transports en commun." ('15 septembre')
'15 septembre', cette fois, c'est vraiment fini.
"La superbe" n'est qu'un bout de chemin à l'allure de grande fresque romanesque. Vingt-deux titres et un refrain ("On flâne, on flaire. On flaire la flamme singulière. On gagne, on perd. On perd la gagne, la superbe. La superbe"), c'est ce qu'il fallait à Biolay pour chroniquer les derniers émois d'une histoire d'amour, une aventure dont les dernières cendres se sont consumées en un tout petit mois.
Si personne n'est à l'abri d'une étincelle, tout le monde reste à la merci d'un retour de flamme. C'est cette possible avarie qui rend la croisière si passionnante. En bon capitaine, Biolay ne quitte pas le navire. Il le saborde en écrivant une dernière missive chargée d'amertume et d'acide. C'est sa manière à lui de tirer son épingle du jeu. Alors que dans sa lettre de rupture, Elle redoublait de bonnes attentions à son égard, lui décide de les ignorer dans le sarcasme le plus complet. D'un coup de plume acerbe, il les lui renvoie une par une à la figure. Accablé par le poids de l'absence, il n'a plus le choix. Il se redresse pour l'embrasser. "Bonjour tristesse" lui dit-il. Aucune alternative à cette ultime pirouette de l'homme déchu. C'est ainsi qu'on sort vainqueur d'une défaite.
Quelle aventure.
La superbe. (dimanche 29 novembre 2009)
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