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Tio Manuel › Asi es la vida !

13 titres - 47:05 min

  • 1/ Rumba urbana
  • 2/ Juanito 122
  • 3/ Buenos Aires
  • 4/ El maldito
  • 5/ Rosita
  • 6/ El sheriff
  • 7/ Atacama surf
  • 8/ El velo
  • 9/ Bum bum
  • 10/ Joe...
  • 11/ Todavia te quiero
  • 12/ Hacia frisco
  • 13/ Spanish groove

enregistrement

Enregistré et mixé par Bud à studio Garage Paris d'aout 2003 à juillet 2004 sauf "Bum bum" mixé par Santiago Artozqui / Bud et "Buenos Aires" enregistré par Patrick Levy et mixé par Bud Mastering : La source, Paris Produit par Tio Manuel et Garage Records Paroles et musiques : Tio Manuel sauf "Juanito 122", "El sheriff" et "Todavia te quiero" paroles et musiques : Tio Manuel / Cécile Martinot

line up

Tio Manuel : chant, guitare, dobro, basse (7, 12), harmonica (2) Cecilia : choeurs Pablo Duran : basse Santiago Artozqui : claviers, voix off (3) Pedro Gonzalez : trompette Bud : programmation Marina "Marousse" Casariego : choeurs (1), harmonica (9) Dilip Magnifique : batterie (1, 4, 5, 8, 9, 13) Luc Durand : batterie (11) Martial "Mazoukou" Macauley : Percussions JAP : slide guitare (8), guitare fx (4) Olivier Pianko : piano (3), synthé (4) Laurent et Didier "Marousse" : cuivres

chronique

Styles principaux
rock
pop 

Première impression sortie de l’enveloppe (chic on m’envoie encore un joli cd mais quel beau métier que le mien) : ça me rappelles quelque chose… Entre Buena Vista social club, Sergent Garcia et Manu Chao… Mais bon, une impression visuelle, ça ne veut pas forcément dire grand chose. Ajoutons que le nom sur la jaquette peut aussi prêter à confusion… Mais bon, on ne choisit pas forcément son nom de baptême. Il se trouve que derrière Tio Manuel se cache Manu Castillo qui (et c’est son droit) a choisi de garder son nom intact pour tourner (qui le blâmerait). Qui plus est Manu Castillo était guitariste dans un groupe de punk rock nommé « Wunderbach » avant de faire du rock en espagnol (enfin rock, pas que ça non plus) et que si on analyse toutes ces premières impressions bouts à bouts (Manu / espagnol / ex gloire de la scène indé) ça donne que ma première écoute était conditionnée par l’ idée : attention un clone !
Et bien je m’étais planté ! Comme une bleusaille que je me suis fais avoir ! Comme quoi, les apparences sont trompeuses. Déjà, le climat pourrait se résumer comme une succession de plans séquences d’un road movie.
Imaginez donc, une espèce de voyageur façon Ernest Hemingway / Jack Kerouac. Le genre pas avare de ses aventures quoi ! Il débarque à cuba et se rend compte que son rêve n'est pas totalement en phase avec la réalité. Le pays de la révolution est plus bétonné qu’un bunker. Mais lui, avec son sac de marin sur l’épaule et sa guitare à la main, ça le fait groover quand même. Il y a comme une vibration dans l’air qui fait qu’imperceptiblement tout le monde a les hanches qui bougent en marchant, comme si l’île entière dansait.
De retour au port, le voyage ne fait que commencer, un gamin vend des cigares. Coincé entre luxe et misère, à l’age ou d’autres se rendent comptes qu’ils ne savent pas encore marcher depuis très longtemps, Juanito vend du rêve enfumé.
L’ancre se lève et le bateau s’arrête finalement en Argentine. Buenos Aires, ruinée et intemporelle résonne d’un tango langoureux sur des disques qui craquent et les gamins bouffent dans les poubelles américaines.
Dire qu’à ce stade le voyage initiatique pourrait virer à la déprime serait très possible. Mais non, au contraire, la force de l’expérience est plutôt communicative et dans sa tête notre voyageur se souvient d’un vieux titre de son groupe de jeunes punks. C’est comme un refuge mais les notes saccadés de « M le maudit » revues et corrigées façon ska bubblegum ça remonte le moral (bon en fait imaginez « l’air du roi de la montagne » dans « Pier Gynt » de Grieg réarrangé par Joe Strummer et Serge Gainsbourg époque « comic strip » et vous approcherez de la réalité). Ca gamberge dans sa tête et il se dit que revisiter ça en rentrant ne serait pas une mauvaise idée.
Comment est-il arrivé au Mexique ? L’histoire ne le dit pas… Mais pourtant c’est là que tout se passe le mieux, Rosita, en symbole de générosité incarnée fait danser les nuits du Bario Chino.
Dans un bar plus tard, il essaye la guitare à la main d’expliquer à des péons ivres ce que c’est « le reggae ». Ça donne une version tellement hybride d’un standard de Bob Marley, que c’est d’un autre monde qu’il semble venir (et c’est peut être à cause de ça que d’un coup ils comprennent ce que c’est le reggae, parce que pour une fois, on leur a dit quelque chose de nouveau avec leurs mots à eux).
Six heures du matin, en quittant Tijuana, le désert roule sous les essieux de la jeep de passage qui l’a ramassé sur une route couleur poussière (comme le reste). De la radio sort un air un peu western truffé de tremolos racoleurs qui semble avoir été composé pour faire de la scène un film sans fin. Pas un mot échangé avec le chauffeur. Juste l’impression que c’est ça la vie : un inconnu qui vous ballade dans le désert à un rythme de dingue dans un monde qui bouge mais ne change jamais.
Là encore, quant à comment il s’est retrouvé en plein désert alors que l’autre allait dans la bonne direction l’histoire reste muette. Mais le soleil et les serpents sont des éléments qui incitent à une rêverie prudente, méditative. Avec un petit vélo dans son rêve notre bourlingueur poursuit son chemin vers nulle part.
En entrant dans l’hôtel Avenida, le calendrier affiche juin 2003, à défaut d’un lieu précis on a déjà un moment donné. Il est de retour dans un lieu familier, accueillant, tout en étant totalement étranger à tout ça. Le problème de celui qui bouge sans cesse c’est qu à force d’être constamment déraciné, le mot « revenir » a tendance à perdre de son sens. Mais le battement du cœur est un compagnon comme un autre quand on ne fait que se poser.
Allongé sur son lit les souvenirs reviennent, d’enfance, de banlieues sans noms, sans pays, de grisailles teintées du bonheur du passé. Un nom, Joe revient sans cesse, un ami parti trop tôt, comme il y en a tant dans les vies un peu trop remplies.
L’heure du retour (le vrai cette fois ci) a sonné ou peut être n’a t’il fait que rentrer (en se perdant un peu) depuis le début. Il y a des américains partout dans ce bus qui longe la frontière. Les Mexicains eux voyagent plus discrètement dans cette zone. C’est bruyant festif, comme un début de fête avec des amis de passages dont on sait bien que le lendemain ils seront toujours des inconnus. Et puis, comme souvent quand on est perdu dans une foule aveugle, on laisse son esprit se perdre dans le visage de l’autre, celui qu’on va retrouver lors du vrai retour.
Plus tard encore quand l’absence se fait lourde, le vague à l’âme s’installe. La guitare sur le pont du bateau qui revient vers l’Europe diffuse autour d’elle la mélancolie d’yeux qui ont tellement vu de choses que les mots s’oublient.
Le bateau pose notre voyageur en Espagne. La France ce sera pour plus tard. La maison est encore loin. Mais là encore les couleurs sont familières. Comment vivre quelque part quand on se sent chez soit partout ? Comment ne pas bouger quand on appartient réellement qu’aux endroits ou l’on se trouve ?
Le voyage a été long et le voyageur qui est surtout un musicien décide qu’au lieu d’offrir des cartes postales il va tout enregistrer. C’est un peu un carnet de ce voyage que nous avons ici. Bien sur le récit est fictif. Tio Manuel n’a jamais visité l’Amérique du sud et c’est dans sa tête qu’il nous a construit ce voyage que je n’ai pas réussi à vous expliquer autrement. Il y a un peu plus que de la musique là dedans.
La musique est pour le coup un support à autre chose. Tout cela respire la sincérité, la franchise et est suffisamment bien produit pour qu’on le ressente sans que ça ait trop l’air d’une construction. En fait c’est juste suffisamment « imparfait » pour avoir l’air humain. L’accent de déraciné espagnol ayant grandi dans Paris fait que le récit est dit avec des mots vrais. La guitare omniprésente en seconde voix nous rappelle que ses armes, il les a forgées dans le ska et la punk et que Joe, c’est Joe Strummer et qu’il traîne ses guêtres un peu partout dans le décor. (mercredi 20 octobre 2004)

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